Le 412ème Régiment d'Infanterie est créé en mars 1915 à Limoges. Il comprend trois Bataillons. C'est un régiment de métropole.
Pendant la Grande Guerre, il participe à la bataille de Verdun (1916-1917)
De juin à septembre 1918, le Régiment est sous les ordres du Colonel Brémond.
Après l'armistice du 11 novembre 1918, il se reforme à Vivaise près de Laon en avril-mai 1919. C'est là qu'Elie, comme beaucoup de ses copains, le rejoint. Le départ pour le Levant est annoncé, bien qu'encore incertain. L'ordre de bataille est arrêté, les officiers sont nommés, les soldats leur sont affectés. Le Régiment est commandé par le Lieutenant-Colonel Thibault. Les Commandants Allemand, Mesnil et Roze des Ordons sont respectivement chefs des 1er, 2ème et 3ème Bataillons.
Enfin, en juin, le régiment descend à Sorgues et embarque pour Mersine en juillet.
Voici ce qu'on lit dans le Journal de Marche et Opérations du Régiment:

19 juin: L'embarquement sur l'Imperator Pierre Legrand commence à partir de 5 h. L'effectif à embarquer comprend 31 officiers et 1061 hommes de troupe. Il est également embarqué une double collection d'effets de toile et de casques coloniaux destinés à tout le personnel du régiment, y compris le 3ème Bataillon débarqué à Alexandrette le 23 mai.
Le bateau lève l'ancre à 19h 30.
(...)
25 juin: Arrivée au mouillage à Mersine à 6h 30.
Le débarquement s'opère à partir de 10 h. Les stationnements à Mersine ont été préparés par les autorités militaires. Les unités sont cantonnées dans des écoles ou divers établissements de la ville.
(...)
Le drapeau est conduit au logement du Lieutenat-Colonel avec le cérémonial règlementaire au milieu d'une affluence de population qui a tenu à manifester sa sympathie pour la France en pavoisant ses habitations et ses rues de drapeaux et de guirlandes aux couleurs nationales.

Le Régiment est accueilli par le Colonel Philipin de Piépape, Commandant des Troupes Françaises du Levant (TFL) et le Colonel Brémond, administrateur en chef de la Cilicie.
Très rapidement, des ordres sont donnés pour commencer à répartir le Régiment sur l'ensemble du territoire et organiser sa vie.
Cependant, tout le monde n'a pas pu embarquer sur l'Imperator Pierre Legrand. Le 14 août, le vapeur Guardiana débarque la 7ème Compagnie et la demi 6ème restées à Sorgues. Au total, 3 officiers et 250 hommes.
Le 21 août, débarquement de 9 officiers et 307 hommes appartenant au 412ème RI, 16 officiers et 372 hommes appartenant au 409ème RI.

Il semble que les bateaux n'aient transporté que des hommes avec leur équipement, vraisemblablement leurs armes et leurs munitions. Les animaux et le matériel qui ont pu être trouvés sur place ont sans doute été achetés à l'arrivée. Voici une description du 412ème R.I.quelques mois après son débarquement, alors que tout est encore relativement calme en Cilicie :

Le 412ème R.I. au 1er décembre 1919
Organisation Officiers Troupes Chevaux Mulets Voitures
Adana - Etat Major 4 69 4 9 4
Adana - 1er Bataillon 21 589 47 133 33
Belemedik - 2ème Bataillon 20 663 52 154 25
Marache - 3ème Bataillon 19 624 48 123 26
Total 64 1946 151 419 78

Il est très difficile de connaître le nombre exact de soldats qui ont combattu dans le 412ème R.I., car des renforts de la classe 19 sont arrivés au début de 1920, et peut-être encore ensuite.
Il est encore plus difficile de connaître les pertes! Le Régiment était réparti sur un très vaste territoire, et mélangé à d'autres régiments. Les chiffres concernant les soldats tués ou blessés sont donnés par opération, colonne ou secteur. Voici par exemple un tableau que j'ai trouvé dans le carton 4H228, au Service Historique de la Défense. Il concerne le secteur du Taurus, c'est à dire la région de Bozanti (Pozanti aujourd'hui) :

Etat Numérique des Pertes du Secteur du Taurus

Unités du secteur
Du 29 mars au 26 mai 1920 Au cours des combats des 26 et 28 mai 1920
Blessés Tués Disparus Blessés Tués Disparus
2/412
6e 28181236136
7e 22135320529
CM2 105412039
CMB 31012038
18e RTA 2eCie 1071613025
2e RAM 26eBatterie 10011027
2e Génie 3eCie 213308
Totaux 7645881076202

Le document sur lequel est noté ce tableau ne porte pas de date, ni le nom de celui qui l'a établi.
D'autres documents font état d'un nombre de tués ou disparus beaucoup plus élevé. Et comment savoir si les prisonniers ont été comptés dans les "disparus"? Si c'était le cas, le total avoisinerait les 600 hommes, car aucun n'a rejoint Mersine!
Dans son journal, le Commandant Mesnil indique qu'au moment de la reddition, il a compté ses hommes:
Valides : 246
Blessés : 88
Manquants : 384
Le lendemain, il retrouve 6 hommes le matin et 77 autres le soir, dont 40 sont blessés. Les manquants ne seraient donc plus que 301. C'est encore beaucoup plus que les 202 du tableau ci-dessus.
Par la suite, le Commandant Mesnil note chaque décès en captivité. Mais combien de blessés sont morts au cours de tous les déplacements entre le lieu de la reddition et le lieu de captivité? Le Commandant n'a certainement pas eu toutes les informations dans cette période.
C'était certainement beaucoup trop...

Le nombre de soldats revenus en France en novembre 1921 est aussi difficile à cerner. Au moment de l'évacuation de la Cilicie, les bateaux ont embarqué des soldats de tous régiments, mélangés avec des Arméniens en exode. C'est ainsi qu'Elie s'est arrêté à Beyrouth, puis à Bizerte d'où il a ramené de belles cartes postales.




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