Elie allait très peu à l'église. Il était croyant, mais il se méfiait de la religion comme des idéologies. Dans sa vieillesse, à Montauban, il percevait les changements de son Eglise à travers les activités de cathéchiste de sa fille qui la mettaient en contact avec les enseignements de la paroisse.
Dans les années 80, le responsable de la paroisse Notre Dame de la Paix, dont l'église moderne était si proche de la maison d'Elie, était un prêtre étonnant. Par la clarté et la profondeur de sa réflexion, Jean Vernette (1929 - 2002) avait acquis une dimension nationale. Il était responsable de l'enseignement de la religion catholique, le catéchisme, pour toute la France, pour les enfants comme pour les adultes qui demandent le baptême. A ce titre, il intervenait dans les instances de coordination Européennes. Il était aussi très connu - on le voyait à la télévision - comme spécialiste des sectes. Il savait faire la distinction entre une religion, pas nécessairement la sienne, qui mène vers Dieu, et une secte qui, avec des discours similaires, asservit le fidèle à son gourou.
Pour mieux comprendre les changements de notre religion, j'ai mis ci-dessous quelques pages d'un catéchisme de 1908 que j'ai trouvé dans un grenier de l'Ouest de la France. Et j'ai ajouté trois pages d'un ouvrage de Jean Vernette, "Paraboles pour aujourd'hui" (Editions Droguet Ardant - 1991). Dans les deux livres, la démarche est similaire : on s'appuie sur chaque phrase des textes fondamentaux de la religion catholique pour délivrer l'enseignement. Les textes fondamentaux sont le Credo, ici le "Symbole des Apôtres", puis le "Notre Père", prière qui nous a été apprise par Jésus. Le catéchisme de 1908 s'appuie aussi sur les 10 commandements du Décalogue. Les deux documents ont reçu l'Imprimatur, le label officiel de l'Eglise Catholique prouvant que leur contenu est conforme à sa doctrine et à son dogme.

Catéchisme de 1908 - Introduction
Catéchisme de 1908 - Introduction

On voit que dès l'introduction (photo 1), le catéchisme de 1908 nous indique les points importants de la foi de l'époque. Gagner la vie éternelle est le but de notre passage sur terre. Cette récompense semble promise aux seuls chrétiens. Pour l'obtenir, il faut observer les commandements divins et accomplir les devoirs de son état, selon son appartenance sociale, son métier et ses responsabilités.
La manière dont les textes sont détaillés reflète la mentalité de l'époque. Les explications sont rationnelles et légalistes. Il faut expliquer Dieu et donner des consignes strictes pour les comportements humains. Dieu est tout puissant, exigeant et sévère, glorieux et lointain, un peu magique. Ce qu'on ne comprend pas est "mystère", et on doit l'admettre. Et attention! Celui qui ne respecte pas la loi de Dieu, celui qui refuse d'être chrétien s'expose au châtiment éternel.
En 1991, deux guerres mondiales plus tard, la pensée catholique est plus modeste. On ne peut enfermer Dieu dans nos définitions. Il est inaccessible à notre intelligence, mais on peut le découvrir à travers notre expérience de la vie. On doit Le chercher comme une lumière qui éclaire notre route, une Sagesse qui nous vient des siècles passés dans les textes sacrés. Dieu est amour, proche de nous, Il nous donne le désir et la force de bien nous conduire, Il est miséricorde, pardon des péchés. Les hommes de toutes cultures cherchent Dieu, ou cherchent la Vérité sur l'Homme.
Les catholiques ont leur chemin vers la Vérité, qu'ils croient meilleur que les autres chemins des autres religions. Mais ils peuvent trouver ailleurs des paraboles, des pensées, des réflexions, qui éclairent leur route, qui permettent de percevoir la Sagesse.
J'ai sélectionné quelques passages dans lesquels cette évolution est sensible : une pensée qui s'approfondit et mûrit sans vraiment se trahir.
Dans le catéchisme de 1908, le cinquième commandement, "homicide point ne sera, de fait ni volontairement" est expliqué en insistant sur l'interdiction du suicide et de l'euthanasie. La haine contre son prochain, le crime dû à la jalousie ou le duel sont également condamnés. Cependant, dit le texte,

"on peut sans péché, donner la mort à son prochain : 1° dans une guerre juste; 2° en cas de légitime défense; 3° pour exécuter les arrêts de la justice."

Ajouté à cela le devoir d'obéissance, même s'il est limité par la clause de conscience (photo 5, point 16) -"il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes" - on peut comprendre le zèle avec lequel nos grand-pères ont tué dans les guerres qu'ils croyaient justes.
En 1991, on enseigne différemment la même pensée, en mettant les accents ailleurs : on a connu trop de jeunes tués par la guerre avant d'avoir vécu la vie que Dieu leur avait donnée. Les poilus comme les résistants ont fait l'expérience de "donner la mort à leur prochain dans une guerre juste", et cette expérience les a incités à une réflexion douloureuse. Alors, même la peine de mort est abolie en France depuis 10 ans! En 1991, on préfère insister sur le Notre Père, la prière que Jésus nous a apprise, plutôt que sur les Commandements. Nous appelons Dieu Notre Père, nous devons donc considérer que nous sommes tous frères, égaux dans l'amour du Père, appelés à nous aimer comme des frères. Tous, même les Juifs, même ceux qui ne croient pas en Dieu. Et aussi les ennemis d'hier, qui ont connu comme nous la souffrance de la guerre. Le moment où le jour commence, "c'est lorsqu'en regardant le visage de n'importe quel homme, tu reconnais ton frère ou ta soeur." (photo 9)
La miséricorde de Dieu est sans limite! Mais en 1908, elle n'est pas donnée à tous:
Les péchés ne peuvent pas être remis hors de la véritable Eglise, car il n'y a de salut et de rémission des péchés que dans la véritable Eglise. L'Eglise remet les péchés principalement par les Sacrements de Baptême et de Pénitence."(photo 10, points 6 et7)
Pour Jean Vernette, ce n'est ni l'appartenance à l'Eglise ni la pratique des sacrements qui sont les actes les plus importants aux yeux de Dieu. Bien sûr, il les pratique et les propose à ses paroissiens pour les aider à aller vers Dieu. Mais il nous rappelle la parole de Jésus :
"Ce que vous faites au plus petit d'entre les miens, c'est à moi que vous le faites."
Et il cite (p 86) ces quelques lignes qu'il attribue à Mahomet :
"Couvre la faiblesse de ton frère ou de ta soeur
Et Dieu oubliera ton imperfection
Le jour du jugement"

Pour Jean Vernette, le Royaume de Dieu, la Vie Eternelle, ça commence déjà sur terre, dans nos gestes de solidarité qui nous apportent le bonheur dans notre vie quotidienne.
Dans la pensée catholique moderne, "L'Esprit de Dieu est au coeur de tous les hommes de bonne volonté. "Il remplit l'univers" dit la Bible. Les religions sont des manifestations de cet Esprit." (photo 15)



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