La cavalerie, c'est l'ensemble des unités militaires de combat se déplaçant à cheval.
Utilisé dès l'antiquité, le cheval a joué un rôle important dans tous les combats et toutes les guerres, ... jusqu'à la première Guerre Mondiale. Là, les chevaux n'ont pu trouver leur place ni dans les tranchées, ni dans les assauts, sous la terrible puissance de feu des armes modernes, mitrailleuses ou canons. Les cavaliers ont mis pied à terre et ont rejoint les fantassins. Etait-ce la fin de la Cavalerie? Les militairesse posaient la question...
Pendant la Campagne de Cilicie, la Cavalerie a retrouvé un rôle important. Au début, elle poursuivait les bandes de brigands jusque vers leurs repaires. Puis elle protégeait les colonnes de soldats lors de leurs déplacements. De quoi argumenter en faveur de la conservation de cette arme!
En Cilicie, la Cavalerie est constituée par les Chasseurs d'Afrique et les Spahis venus d'Afrique du Nord. Les "indigènes" des colonies y côtoient les Français de métropole, avec qui ils partagent l'amour et la maîtrise du cheval. Voici une note émanant de l'Etat Major du Commandement de la Cavalerie (SHD 4H258):

2 REGIMENT de CAVALERIE du LEVANT
Le Cavalier René Pelet
du 2èmercl du 5ème Régiment de Chasseurs d'Afrique


Photo d'un soldat français
Constitué en avril 1919
- Chef de Corps :      Chef d'Escadron VANACKERS
( - Etat Major                      (     du 5 Régiment de chasseurs
)     1 et 2 Escadron        )      d'Afrique
(
) - 3 Escadron                  : du 1 Régiment de spahis
(
) - 4 Escadron                  : du 4 Régiment de spahis

Chefs de Corps successifs :
       - Chef d'Escadrons    VANACKERS
       - Lt-Colonel                CADIOT
       - Lt-Colonel                LANGIADE

Dissous le 15 septembre 1922.

L'Etat Major et les deux Escadrons de Chasseurs d'Afrique sont dissous.
Les deux escadrons de Spahis entrent dans la composition du 12 Régiment de Spahis.

ROLE REMPLI AU LEVANT

Le 2 Régiment de Cavalerie du Levant participe à de nombreuses opérations; il est, dès son arrivée réparti par Escadrons et même par pelotons.
Le 3 Peloton du 2 Escadron en garnison à BIRIDJIK soutient en Février-Mars 1920, 23 jours de siège, livrant chaque jour contre un ennemi supérieur en nombre un combat opiniâtre permettant à la garnison de conserver toutes ses positions et de repousser un adversaire acharné.
Un peloton placé dans la même situation à MARACH fait preuve d'une énergie semblable.
Le 17 juin 1920, le 2 Escadron et la section de mitrailleuses se distinguent au combat de BALIDJA. Deux escadrons du 2 Régiment de Cavalerie du Levant font partie de la colonne Gracy sortie d'Adana assiégée pour débloquer TARTOUS rétablir les communications avec Mersine et revenir avec un ravitaillement à Adana.
Au démarrage à Adana, la Cavalerie est employée en couverture à droite pour protéger la colonne contre les tentatives de harcèlement d'un ennemi mordant descendu de la montagne.
Au combat de YENIDJE le 22 juillet 1920, la Cavalerie de la colonne placée aux deux ailes fait preuve des plus belles qualités de mordant, de courage, de mépris absolu du danger, de qualités manœuvrières et contribue pour une large part au succès de la journée.
Pendant toutes les opérations du 20 Juillet au 11 Août, ces deux Escadrons ne cessent d'être un auxiliaire précieux pour le Commandement et se distinguent dans tous les combats.

Une note plus approfondie nous informe sur le rôle de la Cavalerie et sur la nature des combats de Cilicie. Je l'ai trouvée dans le carton 4H258 . Les jugements de valeur que portent l'auteur n'engagent que lui! Ils reflètent les idées ou idéologies de l'époque - le racisme (l'auteur parle d'atavisme), la supériorité de l'Europe - qui ont été remises en cause après la deuxième Guerre Mondiale. Nous espérons avoir changé depuis!

CONSIDERATIONS SUR L'EMPLOI DE LA CAVALERIE AU LEVANT
ET ENSEIGNEMENTS A EN TIRER

Le théâtre d'Opérations au Levant, par la faiblesse relative des effectifs engagés, a libéré la Cavalerie de la servitude des fronts continus et lui a rendu l'espace, c'est à dire son véritable champ d'action. Rompue aux combinaisons du feu et du mouvement de l'Infanterie, elle a pu y ajouter les facteurs manœuvre rapide à cheval et attaque par le sabre qui lui sont propres et recouvrer toute l'étendue de son clavier que la guerre de tranchées avait tronqué.
Les armes du Cavalier René Pelet
du 2èmercl du 5ème Régiment de Chasseurs d'Afrique


Photo des armes d'un cavalier français Le Commandement a ainsi récupéré toute la variété des ressources de cette arme si riche en possibilités et a pu en jouer contre un adversaire qui relevait surtout de la manœuvre et de la rapidité de son exécution.

Aussi la guerre au Levant est-elle fertile en enseignements pour la Cavalerie.

L'ennemi, qu'il soit régulier Turc, bandit Syrien, Alaouite ou Druze a certaines particularités qui lui sont communes:
1- Il est excellent tireur même aux grandes distances.
2- Il a un sens remarquable du terrain pour l'occuper et en faire partir un feu meurtrier.

Le régulier Turc a des cadres dont une partie est instruite des procédés de guerre Européens. Il a donc un certain sens de l'organisation, de l'économie et de la discipline au combat, mais il est peu rompu à l'échelonnement qui assure les soutiens, les réserves et ménage les possibilités de manœuvre, et comme il a l'esprit lourd, il est malhabile à modifier le dispositif initial une fois qu'il est engagé. L'esprit réellement offensif lui fait défaut, sa vraie manière de combattre, par atavisme passé maître, est la défense passive. Il inflige rapidement et déjà de loin des pertes terribles à l'assaillant, malgré qu'il soit peu pourvu de canons et d'armes automatiques.
Il se fait tuer sur place, mais ne résiste pas au débordement.

Contre lui la Cavalerie a beau jeu. Pendant que l'Infanterie attaque de front et avec prudence pour éviter les pertes, elle recherche les ailes en tâtant rapidement les limites du front ennemi par ses patrouilles lancées au besoin en fourrageurs et au galop car il s'agit de faire vite. Aussitôt qu'elle a trouvé l'extrémité de la ligne, par un mouvement large pour sortir de la zone meurtrière et pour ne pas se révéler, rapide pour se ménager la surprise, elle déborde et au besoin se rabat. L'évènement a surgi. L'infanterie bourre et l'affaire a toutes les chances d'être réglée.

Le Syrien, l'Alaouite, le Druze, opérent par bandes sans organisation réelle.

En dehors de cas exceptionnels où l'Alaouite et surtout le Druze abordent des troupes dont la résistance n'est pas ébranlée, en général leur offensive consiste à garnir les crêtes, à prononcer par le feu des attaques successives sur différents points de la colonne de façon à mener tous ses éléments à s'engager, à la désagréger, à tenter l'encerclement, l'isolement du convoi et de l'arrière-garde, la menace sur les communications, puis à profiter du désordre pour se précipiter à la curée.

Quand ces manifestations de l'ennemi n'ont pas été déjouées par un renseignement arrivé à temps, par un service de sûreté heureux, par un jeu habile de flanc-gardes, il ne faut pas perdre son temps pour dénouer la crise, car les pertes sont rapidement lourdes.
La parade doit être prompte, la riposte instantanée, la manœuvre qui fait tomber la barrière de mort exécutée sans délai. Toutes les fois que le terrain le permet le commandement a intérêt à allonger son poing avec la Cavalerie.

Dans la défensive, quand ils sont attaqués sur une position où ils tiennent, les bandits, comme les Turcs, ne résistent pas au débordement.

Mais dans le cas des bandits, il y a quelque chose de plus. Sauf exception rare, dès qu'ils éventent le débordement, présage du rabattement possible qui veut dire capture ou destruction, à la différence du Turc, ils s'éclipsent.

Cette défense de l'adversaire doit être prévue par le Commandement. C'est de très bonne heure et dans le secret qu'il doit fermer la nasse où il veut prendre le poisson. Il faut manœuvrer vite, par des cheminements dérobés et éloignés. C'est affaire de Cavalerie.

Ce qui est vrai dans le domaine tactique du combat, vaut aussi dans une opération de petite stratégie pour ne pas employer un mot trop prétentieux.

Qu'il s'agisse de colonnes parallèles ou de colonnes convergentes, dont l'objet est le nettoyage et la capture des bandes, il est de toute nécessité, si l'on ne veut pas se contenter de les chasser et de les disperser, de leur interdire la dérobade, soit par le placement à l'avance de postes installés aux points de passage forcés, soit par la manœuvre de la colonne repoussoir dont parle le Colonel CLEMENT-GRANDCOURT dans son livre si instructif "LA TACTIQUE AU LEVANT". Là aussi le facteur temps est souvent l'élément essentiel du succès.

Il faut savoir faire appel à la Cavalerie.

Une autre particularité de l'adversaire au Levant, qu'il soit Turc avec sa faible dotation en canons et en mitrailleuses, qu'il soit bandit Syrien, Alaouite ou Druze avec son seul fusil, c'est qu'il résiste mal à la charge à cheval, lancée par surprise ou appuyée par le feu.

Arme de l'espace, arme de l'intervention rapide, la Cavalerie avait un rôle important à jouer au Levant, du fait du libre jeu de toutes ses possibilités et des carctéristiques de l'ennemi qui relevait beaucoup d'elle. L'étude de son action permet de passer en revue les différentes missions qu'elle peut remplir:

Reconnaissance en liaison avec l'Aviation et les Auto-Mitrailleuses.

Intervention là où l'Infanterie n'a pas le temps d'arriver.
Secours d'un poste encerclé.

Occupation d'une position, d'un point d'appui en attendant le fantassin.

Combat à pied dans toutes ses phases en l'absence d'Infanterie.

Escorte des convois.

Liaison entre les colonnes.
Dans le cadre d'une colonne de toutes armes ou du Groupe mobile.

Sûreté éloignée ou rapprochée.

Combat en liaison avec l'Infanterie.

Intervention comme échelon de manœuvre ou comme réserve de feux pur déborder une aile, couvrir un flanc, dégager le convoi, l'arrière garde.

Conquérir un point d'appui dont l'occupation est nécessaire au développement ultérieur de la manœuvre.

Manœuvre à cheval combinée avec le feu.

Interdiction de la retraite à l'ennemi.

Poursuite qui ne laisse à l'adversaire aucune possibilité de se ressaisir.

Exploitation du succès.

Au Levant, sauf en haute montagne, les colonnes n'ont jamais assez de Cavalerie. Pour sa répartition et son emploi judicieux, le Commandement doit toujours se poser cette question: "Quel est l'endroit, quel est le moment où l'intervention rapide est la plus utile, soit pour l'observation, soit pour la manœuvre, soit pour le combat?"

Il faut éviter de l'émietter, de façon à conserver aux Unités de Cavalerie une force efficace.

En plaine ou en moyenne montagne elle peut être employée soit à la Sûreté, soit à l'échelon de manœuvre.

En haute montagne, il faut s'interdire de la mettre à l'avant garde car elle a toujours une tendance à gagner du champ et elle risque d'être engagée seule, isolée par une coupure de terrain, et d'être détruite avant de pouvoir être appuyée.

Dans tous les cas, il faut en garder une grande proportion à l'échelon de manœuvre de façon à se ménager les possibilités de l'action rapide qui évite les pertes, de la destruction et de la capture de l'ennemi qui est le but.

Etant donné qu'elle est employée là où le facteur temps est l'élément essentiel du succès, pour ne pas freiner sa vitesse, il faut l'alléger, et comme c'est une arme fragile, il faut tenir compte de ses servitudes: laisser ses chevaux boire et uriner, se reprendre après un gros effort.

La Cavalerie régulière employée au Levant est composée de contingents de l'Afrique du Nord.

Nomades ou habitants de douars, ils sont ataviquement habitués à vivre dehors, ils ont le sens du terrain, une excellente vue. Ils sont rustiques et endurants, cohérents quand ils se connaissent bien. La vie en colonne leur plait, ils ont la passion du bled. La configuration du sol au Levant se rapproche de celle de leur pays. La langue est voisine de la leur, ils la parlent rapidement.

Le Marocain dont l'atavisme est fait de rebellion, de dissidence, d'âpres luttes entre tribus, est un guerrier farouche et intrépide passioné d'esprit offensif, avide de corps à corps, mais quand il est laché, difficile à freiner vis-à-vis des populations.
L'Algérien nomade, dont l'Histoire est tissée de razzias, héréditairement chasseur et chassé a un sens merveilleux des indices qui révèlent l'ennemi, il s'exalte au combat, est transporté quand la poudre parle.
Le Kabyle, dur, rustique, à l'esprit prompt, rapide à la parade et à la riposte est l'homme de la manœuvre et du corps à corps.
Le Tunisien sédentaire, nonchalant et de tradition pacifique est intelligent, souple et docile. Il a toujours l'œil fixé sur celui qui le commande pour lui obéir et le suivre. Matière essentiellement plastique, il sera tel qu'on le façonne. Conduit par des chefs dont le prestige s'impose, il se modèle sur eux et est capable des plus belles réalisations.

Le cheval barbe rustique, bon porteur, galopeur, adroit dans les terrains difficiles, le cheval syrien moins puissant, de tissu moins trempé mais gratifié de plus de sang, sont d'excellents chevaux de guerre.

La Cavalerie au Levant est par son recrutement et sa renommée tout à fait appropriée au Théâtre d'opérations où elle est employée.
Elle s'est couverte de gloire et d'autant plus qu'elle a eu, et ils ont été nombreux, des chefs dignes du nom de cavaliers : c'est-à-dire ayant le don de la conception et de l'intervention rapides, le goût de l'audace, la passion du risque freiné par le sens des possibilités, cette magnifique vigueur physique que développe le sport équestre, et par dessus tout cette conviction inébranlable que rien n'est impossible à un cerveau clair, à un cœur qui bat fort dans un corps bien trempé.

Les citations du Cavalier René Pelet

Je remercie Michel J., le petit-fils de René Pelet, pour les documents qu'il m'a confiés, avec l'autorisation de les mettre en ligne.
Les citations de ce courageux cavalier reflètent le rôle important de la Cavalerie pour participer aux combats, protéger les fantassins, évacuer les blessés, acheminer les ordres et les messages.

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Citation du 14 Mai 1920

Bon et brave soldat; s'est dépensé sans compter pendant la journée du 2 mai 1920 dans la région d'AFLAK à porter des ordres dans des conditions de terrain et de feu particulièrement difficiles, et a aidé des camarades d'Infanterie blessés (..) sur son cheval.
Mersine le 14 mai 1920











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Citation du 16 Janvier 1921

"Agent de liaison de premier ordre. Après avoir traversé à plusieurs reprises, un terrain fortement battu par les balles, a eu son cheval tué (trois balles), a continué sa mission à pied. Est allé chercher son paquetage qu'il a ramené dans nos lignes (...) pour la cinquième fois, sans en avoir reçu l'ordre (...) extrèmement dangereux (...)

Le Général provisoirement en chef de l'A.F.L.

Signé :GARNIER DUPLESSIS








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