Les chars dans la bataille de Merdjin

Vue ¾ arrière char (Renault) FT 17 avec mitrailleuse

Document Jounieaux

Les chars dans la bataille de Merdjin

Groupe de chars FT 17, le premier avec mitrailleuse, le second avec un canon de 37 mm

Document Jounieaux

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Les chars arrivent en Cilicie en 1920 et remportent des victoires qui étaient impossibles pour les faibles troupes débarquées en 1919. Henri Jounieaux commande une demi-section de chars. Son neveu, Christian Labellie, l'a interviewé avant qu'il ne soit trop tard, et voici ce qu'il raconte:

Je l'avais interviewé sur ses campagnes (14-18, Cilicie, 39-45) voilà ce que j'avais noté pour la Cilicie :

" Après la fin des hostilités (il avait fait campagne en 17 et 18 dans un régiment d'artillerie de 75 portés sur camions US) on a demandé des volontaires pour les chars : j'y suis allé car j'étais jeune et ça m'intéressait plus que faire des corvées...j'étais maître pointeur dans l'artillerie et j'ai reçu une formation de mécanicien de char, de tireur à la mitrailleuse et j'ai eu le certificat de tireur au canon de 37 puis celui de chef de char.

Je suis parti ensuite pour la campagne de Cilicie. La France avait reçu mandat sur cette partie de l'ancien Empire Ottoman où il y avait beaucoup d'Arméniens. Y transitait depuis Adana le chemin de fer de Bagdad.
Les troupes françaises avaient été acheminées par un bateau Anglais. Au moment du débarquement des chars (chars Renault FT 17) mon char a chuté sur le quai, une élingue s'étant rompue. La tourelle (c'était un char canon avec une pièce de 37mm) a éclaté comme une coquille d'oeuf. J'étais alors sergent : pendant quelques temps j'ai pris la place d'un brigadier dans un char avec mitrailleuse.

J'ai pris part en mai 1920 au combat de Merjin où on avait dû faire une marche d'approche de 10 kms. Notre intervention a été décisive dans la prise d'un village. Les balles de l'adversaire [les Turcs] ricochaient sur les chars qu'ils avaient baptisés "les diables de tortues". C'étaient de bons soldats mais armés seulement de fusils.
Nous avons pu ensuite revenir à notre base sans incidents mécaniques.

Les Turcs avaient prélevé sur le Groeben et le Breslau, croiseurs Allemands qui étaient restés bloqués en Turquie, des canons de 133 (?) et les avaient amenés à .......(?). Un raid nous a permis de nous emparer de ces canons."

Henri Jounieaux obtient une citation pour son action dans le combat de Merdjin, un village près de Djihan, le 23 mai 1920. Voici le rapport qu'en avait fait son chef de bataillon (Document Jounieaux):


Djihan, le 27 Mai 1920

Rapport du chef de Bataillon BEAUJARD,
Commandant le sous secteur de Djihan au sujet de
l'engagement des chars d'assaut au combat de MERDJIN (23 Mai 1920)
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La 3° Section de la 313° Cie de chars d'assaut arrivée à Djihan le 17 Mai 1920 a été appelée à participer dès le 23 Mai à une opération sur Merdjin.
La distance assez grande qui sépare ce village de Djihan ( 10 Km.) avait fait naître dans mon esprit la presque impossibilité de m'en servir pour une attaque aussi éloignée. Mon idée première était de les employer comme position de repli. Mes ordres initiaux avaient été donnés avec cette idée, mais, néanmoins, je prescrivais au Commandant du détachement de ne pas hésiter à les faire venir jusqu'à lui si la réussite de l'attaque en dépendait. Un signal convenu devait décider de l'entrée en action des chars.

C'est cette dernière hypothèse qui eut lieu. Le résultat de leur entrée en action a été merveilleux. Les défenseurs du village, cependant très bien organisés et décidés à résister jusqu'au bout, ont fui lorsqu'ils ont vu que leurs balles étaient impuissantes à arrêter ces engins qu'ils ont dénommés aussitôt des "diables de tortues".

La poursuite par les feux n'a pas été moins admirable; mitrailleuses et canon de 37 ont fait subir à l'ennemi des pertes très sévères.

Le Sous-Lieutenant ROUX a conduit son opération avec beaucoup d'intelligence, de sang-froid et de bravoure. Son personnel bien exercé a fait rendre le maximum aux chars et cela tant du point de vue combat, qu'au point de vue de la marche des moteurs.

Les trois chars qui ont pris part à l'attaque sont rentrés à Djihan avec leurs propres moyens, couvrant ainsi une distance de plus de vingt kilomètres, dont trois ou quatre en combattant.

J'ai l'honneur de demander que cette action soit citée à l'Ordre de la Division avec le motif ci-contre.

Signé : BEAUJARD

Les chars dans la bataille de Merdjin

Document Jounieaux

Les premiers chars de combat ont fait leur apparition à la fin de la Grande Guerre. Les Turcs sont surpris par ces formidables machines. Leur détermination à combattre n'en est pas diminuée! Agnès est la petite-fille d'Ernest Labaste, un soldat Français né en 1900. Elle raconte:

Je me souviens de lui paralysé dans son fauteuil et plongé dans l'Atlas familial, il refaisait son parcours, Turquie Syrie ...
Il était tatoué ITO ADANA ALEP les trois batailles "où il en avait le plus chié", ça voulait tout dire.
Il a dit que les turcs attaquaient les chars au couteau, alors évidemment ils étaient massacrés.

Les soldats français connaissent encore mal les possibilités et les règles d'utilisation de ces formidables engins qui ne sont, malgré tout, pas invulnérables! En août 1921, le Général Dufieux rappelle quelques règles pour une bonne efficacité et une bonne sécurité :

Adana, le 16 août 1921.

NOTE DE SERVICE

Le 8 août, le Commandant du poste de Toprak-Kale appelé à disperser un petit groupe de Tchettés aux environs de son poste, a fait sortir dans ce but un char de combat accompagné d'une petite fraction d'Infanterie.
Il y a là une erreur dans l'emploi des chars qu'il importe de signaler.
Les chars ne doivent, en effet, jamais être employés par voitures isolées.
L'Instruction provisoire du 20 Mars 1920 sur l'emploi des chars de combat est formelle à ce sujet : "La section de chars ne doit jamais être fractionnée".
De son côté, le Général Commandant en Chef l'A.F.L. [Armée Française du Levant] a rappelé à plusieurs reprises, à la suite de différents incidents, que les chars ne devaient jamais être employés par unités isolées. Il admet que, tout au plus, on peut au Levant employer les chars par demi section, étant données les conditions particulières de combat en ce pays.

Il est évident que faire marcher un char seul c'est supprimer toute manœuvre des chars, et la manœuvre est leur seul procédé de combat. Un ou deux chars fixent par le feu, les autres débordent l'objectif.

D'autre part, un char isolé ne pourra pas toujours être dégagé à temps par l'Infanterie s'il est assailli.
Enfin, en cas de panne il n'est pas possible de le ramener.

Il y a donc lieu de rejeter absolument le procédé d'emploi des chars par voitures isolées.

Le Général Dufieux,
Commandant la 1ère Division du Levant.



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