Dès la fin de la Grande Guerre, à la suite de l'Armistice de Moudros, les Alliés remettent en place leurs services diplomatiques dans l'Empire Ottoman. Consuls et Attachés Militaires reviennent à leurs postes.
A la suite du massacre de Marache (février 1920), les Alliés décident une occupation plus musclée de Constantinople, dans un but de représailles et pour assurer une meilleure protection des chrétiens. Les Français envoient des troupes : c'est le Corps d'Occupation de Constantinople (COC).
Voici un document que j'ai trouvé dans les archives de l'Attaché Militaire en Turquie (SHD 7 N 3210). Bien sûr, je laisse à son auteur la responsabilité de ses appréciations ... et de ses pronostics!

Carte postale

Constantinople - Pera et Galata en 1920
Photo Canuel

23-25 Août 1920

Quelques impressions recueillies à Constantinople en Juillet 1920.

Vouloir émettre quelques opinions sur la situation présente des peuples qui s'agitent sur les rives du Bosphore serait atteindre du premier coup le comble de la prétention et même de l'absurdité; il est même bien difficile de rassembler les quelques impressions mal définies, incohérentes, opposées les unes aux autres, qui frappent l'esprit d'un voyageur accoutumé aux complications de l'Orient.

CONSTANTINOPLE.- Plus qu'en aucune époque de son mystérieux passé, Byzance réapparaît comme un immense creuset où se déversent toutes les races de l'Europe, de l'Asie, de l'Afrique et même de l'Amérique, sans qu'il sorte de ce mélange grouillant, une apparence de combinaison définie qui dénote une prépondérance déterminée pour l'avenir. Il semble que ce coin de terre qui a usé les énergies de tous ses conquérants retienne tous ceux qui l'occupent par un charme attirant et en même temps leur enlève la force de s'y maintenir. Et ceci se remarque non seulement pour les races, mais aussi pour les individus. Nulle part, un homme ne s'use plus vite qu'à Constantinople; seuls peuvent garder quelque influence, ceux qui savent mettre en opposition les intérêts en jeu et intervenir dans le conflit au moment où les adversaires sont épuisés.
Les difficultés de la vie matérielle ont encore apporté un élément nouveau aux causes d'affaiblissement des énergies, et les besoins journaliers, joints aux désirs de jouissance, ont fait chavirer des caractères qui, antérieurement, n'auraient jamais songé à tirer un profit matériel de tolérances ou dérogations apportées dans l'accomplissement de leurs fonctions officielles.
Le coût de l'existence est dix fois plus élevé qu'en 1913 et quinze à vingt fois plus qu'en 1910 avant les premières guerres balkaniques du siècle; l'arrivée des Russes réfugiés, pour échapper aux violences bolcheviques, a produit en une année un surenchérissement causé par les folles dépenses de ceux qui s'étourdissent en dépensant tout l'argent réalisé par la vente de leurs bijoux et objets précieux, dans des restaurants, concerts, théâtres organisés avec beaucoup d'art par ceux de leurs compatriotes qui, sans ressources, ont trouvé les moyens de vivre par l'exploitation de leurs talents.
Cette présence des Russes à Constantinople et la création de leurs restaurants et de leurs théâtres a encore avivé la soif de toutes jouissances, par un relèvement des tarifs de tous les plaisirs.
La douceur de vivre que l'on ressentait autrefois (avant la guerre), à Péra, par un prolongement de l'engourdissement de Stamboul, n'existe plus; elle a fait place à une course à l'argent et à la satisfaction immédiate, course agitée et heurtée qui se reflète sur les visages des promeneurs de la rue de Péra, trop étroite pour permettre une tranquille circulation au milieu de l'écoulement désordonné et bruyant des automobiles et des camions.
Est-il possible de déterminer dans cette agitation d'appétits et de besoins, les sentiments et les aspirations des diverses races? Répondons immédiatement par la négative, en raison même de la diversité et de la mobilité de ces sentiments et contentons nous de résumer quelques impressions recueillies au cours d'observations et de conversations.

LES TURCS.- qui avaient craint au commencement de 1919 d'être refoulés en Asie Mineure après expulsion de Constantinople ont été repris en 1920 par l'espoir de reconstituer une Turquie réduite, mais unie, qui pourrait encore avoir la figure d'une puissance de second rang.
Le traité les a assomés, et, à part quelques hommes énergiques comme Rechid bey, ils laissent les jours s'écouler sans faire aucun effort, ne se sentant plus dans une terre familière sur le Bosphore et ne voyant aucune issue aux tentatives de Mustapha Kemal pacha. A la Sublime porte, les bureaux des ministères sont presque vides, seule la préfecture de Constantinople fonctionne encore régulièrement, autant que peuvent lui permettre les interventions incohérentes des diverses polices alliées.
Les entreprises locales appartenant à des Turcs passent entièrement ou partiellement, par l'intermédiaire d'habiles courtiers, entre des mains étrangères surtout italiennes et grecques. Il faudrait à cette masse épuisée, qui a perdu confiance en l'avenir, un grand chef qui, avec l'appui d'une administration financière choisie par les alliés, rende au paysan turc le courage de cultiver son champ en n'exigeant de lui qu'un juste impôt, tandis que antérieurement, après prélèvement des dimes successives prises par les divers fonctionnaires ottomans, le paysan conservait à peine la quantité nécessaire à sa subsistance et à ses semailles. Or, en ce moment, suivant l'expression d'un homme politique turc, deux Turquies sont en présence, chacune entre les mains d'un fou, et l'apaisement n'arrivera qu'après disparition de ces deux déséquilibrés : Damad Ferid pacha le grand vizir, atteint de la manie sénile du pouvoir sans aucun domaine, et Mustapha Kemal pacha, instrument brutal et violent, entre les mains d'un entourage dépourvu de tous scrupules qui a su habilement exploiter la situation créée à la suite de l'armistice en réunissant, avec l'appui d'officiers allemands, des bandes non désarmées, prêtes à trouver dans le pillage des moyens normaux d'existence.
Dans leurs appréciations sur l'action des alliés qui ne fut pas toujours bien continue et coordonnée, les Turcs francophiles remarquent avec regret que la France n'a pas su ou pu garder en Orient la suprématie d'influence acquise par l'emprise exercée au cours de plusieurs siècles et par le développement de la langue française, qui était la langue commune de toutes les races du Levant pour leurs relations entre elles; ils souhaitent, avec une certaine crainte d'être déçus, que l'âpreté apportée par nos Alliés Anglais et Italiens, dans leurs tentatives, ait pour conséquence de leur aliéner les sympathies qu'ils cherchent à conquérir trop hâtivement en Orient et de ramener les Français à leur situation prépondérante.

LES GRECS, aussi bien les éléments officiels venus d'Athènes que les Grecs installés depuis des générations à Constantinople, manifestent une joie orgueilleuse causée par l'extension inespérée de la Grèce en Thrace et en Asie Mineure et par le rôle important assumé par l'armée grecque pour la pacification des territoires occupés par les nationalistes. Ils considèrent que nos alliés sont obligés, non seulement de compter avec eux en Orient, mais encore de recourir à eux pour toutes les opérations militaires qui seront encore nécessaires pendant plusieurs années. Il faut de suite ajouter que cette ardeur combative ne peut être de longue durée chez un peuple presque uniquement occupé à des opérations commerciales et maritimes; la lassitude d'une longue mobilisation ne tardera pas à se faire sentir, surtout si les troupes grecques sont obligées de faire quelques randonnées dans l'intérieur, à quelque distance de la côte.
Le gouvernement grec se propose d'exploiter avantageusement, par une sage administration, les nouveaux territoires de la grande Grèce, en particulier dans la réorganisation de la Thrace, les fonctionnaires choisis font preuve d'une réelle habileté, et, continuant l'œuvre de la mission française, ils se proposent de rendre à cette région, couverte de ruines, la fertilité des temps passés.
Les aspirations ambitieuses qui visaient à rattacher Constantinople à la Grèce, ne font plus momentanément l'objet de manifestations, même chez les plus ardents hellènes; il semble que tous aient reconnu que le plus sûr moyen pour la Grèce de posséder Constantinople est d'y acquérir la suprématie, par le nombre des habitants et par la pénétration progressive, jusqu'à l'absortion, dans toutes les entreprises maritimes, industrielles et commerciales.
Il faut signaler que les Grecs de Constantinople, antérieurement sujets Ottomans, qui avaient songé à acquérir la nationalité grecque, y renoncent et, se contentent de la protection hellénique, pour conserver à la population grecque de Constantinople sa prépondérance et son influence dans l'administration de la ville : avec les années, le Turc cultivé, privé de son vaste empire qu'il tentait d'administrer de Stamboul, abandonnera la ville où seuls trouveront leur subsistance les artisans et les portefaix, et il rentrera en Anatolie pour redevenir homme des champs au contact de la masse paysanne turque; et, progressivement, le grec, commerçant actif et astucieux courtier, deviendra le possesseur effectif de tout ce qui peut être acheté et vendu, terrains, maisons, banques et marchandises, à Péra, à Galata et à la Corne d'Or; il sera à ce moment le maître réel de Constantinople, quelle que soit l'administration chargée de gérer la ville.

LES ITALIENS font preuve, depuis l'armistice, surtout depuis janvier 1920, d'une intense activité dirigée, aussi habilement que discrètement, par le Haut Commissaire et son entourage, nombreux et bien composé. L'action est conduite avec un remarquable esprit de suite en vue de trouver dans la Turquie réduite, les éléments nécessaires à l'équilibre économique des provinces italiennes et en particulier : les céréales (blé, maïs, avoine) et le charbon; en échange l'Italie livrera ses produits manufacturés, déjà abondants actuellement dans les magasins de Constantinople. Tous les moyens sont mis en œuvre : renseignements politiques et commerciaux fournis soigneusement par tout agent politique ou militaire ayant une fraction quelconque d'autorité, aussi bien que par tout civil s'occupant de ses affaires privées, naturalisation italienne donnée sans délai aux levantins qui la demandent, c'est à dire à la masse d'éléments, sans nationalité définie, qui, de religion catholique, revendiquait antérieurement la protection française dans les cas de difficultés avec les autorités ottomanes. Exemple : un employé de la Dette publique ottomane qui pendant trois mois avait vainement sollicité au consulat français la nationalité française, s'est rendu auprès du Haut Commissaire d'Italie, et, en trois jours a reçu les titres en règle, le consacrant italien.
Une propagande adroite s'étend aussi aux milieux turcs qui, auprès des italiens, peuvent épancher leurs plaintes sur le morcellement de leur patrie, dont les plus belles régions ont été réparties aux grecs, sous la violente pression des Anglais, devenus disent les Turcs, les maîtres de l'Orient, par l'indifférence ou par l'impuissance de la France.

LES ANGLAIS ont marqué leur but dès la fin de 1918 : obtenir le contrôle des détroits et acquérir la maîtrise du marché des pétroles en Orient (Caucase, Roumanie, Mésopotamie). Pour atteindre ce but, qui fut et reste toujours le même, les moyens furent différents; tout d'abord marques d'amabilité envers les Turcs, caractérisées par la faute commise en n'exigeant pas le désarmement total de l'armée et la livraison des chefs de la guerre, ensuite, retour vers les Grecs choisis comme instruments pour exécuter le nettoyage des bandes nationalistes et enfin quelques concessions à la France dont le concours avait été au début négligé et dont l'action a même été entravée en Cilicie.
Pour le but unique recherché par des moyens quelquefois opposés, l'action a toujours été conduite avec ténacité sous la direction d'un seul chef : le haut commissaire, chef de la flotte, qui tient sous son autorité tous les services : naval, militaire, diplomatique; à l'insu du Haut Commissaire, une seule exception semble exister, correspondant à une action occulte, difficile à pénétrer, qui pourrait expliquer, si elle était découverte, bien des méprises et des malentendus; l'action de quelques agents officiels et probablement celle de nombreux émissaires secrets du gouvernement de l'Inde, qui, chargés d'observer et de surveiller le mouvement musulman, ont fait naître, puis développé au Caucase et en Cilicie surtout, contrairement aux ordres de Londres, l'antagonisme des intérêts anglais et français.
Il faut s'attendre à voir l'Angleterre affirmer sa volonté d'atteindre son but au moment de la formation de la Commission de contrôle des détroits; elle pourra laisser à la France la prépondérance dans la commission de réorganisation financière et même dans la commission militaire d'application du traité, mais elle tiendra à posséder les principaux rouages du fonctionnement des détroits entre Gallipoli et la Mer Noire; elle demandera certainement des participations dans les Sociétés françaises, basées sur des concessions anciennes, telles que phares, quais, docks et ateliers, et, pour assurer sur des bases solides la réalisation de ses plans, elle réclamera pour la Commission des détroits, sinon l'administration civile de la ville de Constantinople et des dépendances sur le Bosphore, du moins le contrôle de cette administration.

LES FRANCAIS ont été accueillis à Constantinople, après l'armistice avec une joie délirante par tous les habitants : Turcs, Grecs, Arméniens, qui voyaient an eux les réels vainqueurs et les libérateurs de l'oppression des années de guerre. Pourquoi la France n'a-t-elle pas conservé cette influence due à son prestige du passé, renforcé par la victoire? d'abord par suite des manœuvres habiles de l'Angleterre et de l'Italie, ensuite parce que la politique de la France a souvent varié, par manque de but défini et par désir d'éviter des froissements avec ses alliés, enfin par défaut d'unité dans la direction des affaires françaises en Orient. Une fois de plus les Français, et même les meilleurs, ont montré leur excessif individualisme qui les empêche de se plier à une autorité unique; chacun veut avoir sa ligne de conduite, sa politique qu'il considère comme la meilleure : chacun base ses combinaisons sur des renseignements particuliers, forcément incomplets, qu'il se garde de communiquer à son collègue ou même à son supérieur, et, de cette divergence dans la documentation et par suite dans les déductions élaborées, résulte un manque de coordination qui va jusqu'à des contradictions, dans les décisions prises par les diverses autorités chargées de représenter la France.
A ce manque d'esprit de suite et de discipline s'ajoute l'amoindrissement sensible de la valeur morale des officiers des armées de terre et de mer; plusieurs faiblirent sous la tentation d'offres alléchantes qui leur apportaient les moyens de satisfaire des besoins de jouissances jusque là contenus plus par insuffisance de ressources que par une solide dignité personnelle. Ces exemples vite connus dans la terrible potinière de Péra, portèrent un fâcheux coup au prestige de l'uniforma français.
Pour donner une note complémentaire à l'aspect sous lequel apparaissent les Français en Orient, il faut signaler l'impression fâcheuse créée par les difficultés rencontrées dans la reprise des relations commerciales avec la France, qui amène peu de marchandises parce qu'elle ne produit pas suffisamment pour l'exportation et parce que ses lignes de navigation ne possèdent pas l'activité des lignes américaines, anglaises et italiennes.
Il ne faut pas se laisser impressionner d'une manière exagérée par ce tableau aux lignes trop accentuées, tel qu'il apparaît à la violente lumière de l'Orient.
Il suffira de quelques mois d'un travail patient et ordonné pour rétablir le prestige de la France, à la condition de confier à un homme d'une énergie éprouvée, ayant l'expérience des questions économiques, la tâche de mettre à sa juste place chaque Français chargé d'une mission civile ou militaire; sans accepter aucune exception au principe de l'unité d'autorité, il devra imposer à chacun le complet accomplissement de son devoir pour la défense des intérêts généraux de la France, conformément à une politique nettement définie par le gouvernement.


Carte postale

Constantinople - Stamboul et la mer de Marmara en 1920
Photo Canuel

Les militaires français du Corps d'Occupation de Constantinople (COC) ne sont pas là que pour observer ou réprimer. Dans cette ville si proche de la Russie, autre Empire en Révolution, voici que des réfugiés arrivent de plus en plus nombreux. Dzoninar Kevonian explique (p 138):

C'est en novembre et décembre 1920 qu'à lieu l'évacuation des militaires et des civils russes de Crimée, à la suite de la défaite de la dernière armée blanche, celle du Baron Wrangel, en direction de Constantinople. Une structure de coordination des actions privées internationales en rapport avec le Corps interallié d'occupation se met en place afin de faire face à l'afflux des réfugiés. Le 14 novembre, une Commission sanitaire et de recensement est mise sur pied dans la ville. Son rôle est d'organiser la réception des bateaux, d'effectuer une visite sanitaire à bord, de recenser les populations réfugiées, de procéder à l'inventaire des vivres et du matériel, ainsi qu'à l'évaluation des transferts sur les lieux d'hébergement et les hôpitaux. Dès le 16 novembre 1920, arrivent 45 navires en provenance de Sébastopol. Un premier recensement sommaire est réalisé le 24 novembre auprès des militaires et des civils. Il montre que plus de 148 000 personnes ont été évacuées de Crimée. John H. Simpson, dans son étude, parle de 136600 personnes évacuées selon des données fournies par le général Wrangel lui-même, auxquelles il ajoute les réfugiés russes déjà présents dans la région des Détroits (50 000 à 55 000 personnes). On commence à désengorger Constantinople dès les derniers jours du mois de novembre, appliquant désormais à l'ensemble des personnes évacuées le régime des réfugiés civils. 34 500 personnes sont évacuées vers la Bulgarie, 22 300 vers la Serbie, 4 600 vers la Tunisie. D'autres groupes sont envoyés en Grèce, en Roumanie et en Tchécoslovaquie. Enfin, un petit nombre est rapatrié en Russie par l'intermédiaire de la Croix-Rouge internationale.

C'est ainsi que j'ai trouvé, dans le carton SHD 7 N 3210, des télégrammes qui ressemblent à celui-ci:

Etat Major de l'Armée
Courrier télégraphique

le 21 décembre 1920

TELEGRAMME CHIFFRE

copie

Constantinople le 17 à 19 h 45

COC à Guerre

1 1956 à 1961
Situation épidémique stationnaire chez réfugiés russes au point de vue typhus exanthématique et récurrent. Cas nouveau dans hôpitaux COC pour 4 journées du 12, 13, 14, et 15 décembre, typhus exanthématique 9 cas, fièvre récurrente 114 cas, variole 1 cas. Aucun cas de peste ni de choléra dans les hôpitaux du COC.
Formations sanitaires étrangères au COC signalent deux cas exanthématiques et 4 cas récurrents nouveaux à ajouter à télégramme du 12 décembre. Nombre réfugiés russes hospitalisés pour le total de ces 4 journées est de cent. Situation 16 décembre pour hôpitaux du COC (comprend) (3000) russes hospitalisés et environ 200 (1 gr. faux) disponibles. Situation permet de faire face aux nécessités hospitalisation éventuelle pour Constantinople. Un des hôpitaux improvisés a pu être fermé. Enquête que j'ai faite dans trois camps russes environ Tchataldja à 40 kilomètres de Constantinople a permis de découvrir foyer de choléra bactériologiquement confirmé (1 gr?faux) des (camps) contenant environ 8000 hommes, du 10 au 15 décembre inclus 73 cas de choléra constatés dont 30 décès. Toutes mesures prises pour isolement complet du camp et vaccination immédiate camp contaminé et des deux camps voisins distance de 8 kilomètres. 25000 doses vaccin anticholérique seront nécessaires pour la totalité de l'effectif. Vaccin anticholérique a été demandé hier soir par télégramme et à expédier d'urgence. Les quantités existantes à la R?M et à l'institut ottoman permettent commencer vaccination.
Ordres sont donnés pour suspendre tout mouvement de ces camps vers Lemnos ou autre région et pour que les trains de voyageurs traversent en (contumace) (sic) région infectée. Population civile ottomane sera également vaccinée. Actuellement environ 12000 réfugiés russes restent en rade (après le départ) (incriminés) prévu. Tous militaires du C.O.C. indemnes jusqu'à ce jour maladie contagieuse sauf un infirmier atteint typhus récurrent et déjà guéri. L'institut ottoman ne pouvant plus nous fournir vaccin jennerique; urgence hâter envoi (vaccin) jennerien déjà demandé et faire adresser par colis postaux ou valise Orient Express. Pas de répercussion épidémique signalée sur population civile de Constantinople.
Directeur du Service de santé hospitalisé depuis quatre jours pour affection chirurgicale bénigne peut continuer néanmoins diriger service. Je vous tiendrai au courant. De la part de Médecin Major Ticoni pour 7ème Direction. Fin

Les mots entre parenthèses sont douteux.





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