Décembre 1918 : la Grande Guerre est finie. L'armistice de Moudros est signé. Il comporte des imprécisions et des contradictions. Ce n'est qu'un armistice! La paix est encore à négocier. Les combats ont cessé. Les frontières s'ouvrent. La II Armée turque a combattu en Palestine et dans le Hedjaz contre les forces Arabes, Anglaises et Françaises. Elle est en retraite. Les soldats reviennent vers la Turquie et arrivent par la Cilicie.
Les Arméniens, rescapés des massacres et déportations qui ont commencé dès 1915, reprennent espoir. Ils racontent aux Alliés tout ce qu'ils ont souffert. Beaucoup de survivants sont en Syrie où ils ont été déportés et veulent rentrer, encouragés par les Alliés Anglais et Français. Eux aussi arrivent par la Cilicie.
Pendant la Grande Guerre, les Français n'avaient que peu d'informations sur ce qui se passait dans les régions contrôlées par les Turcs et les Allemands. Le Général Hamelin visite la Cilicie, encore sous contrôle Anglais, du 20 au 26 décembre 1918. Il parle avec les représentants des diverses communautés qui l'informent des évènements récents et de la situation présente. Il rencontre le vali (préfet) d'Adana et les kaïmakan (maires) de plusieurs villes. Dès son retour à Beyrouth, le 27 décembre, il fait un premier rapport (SHD 4H11):

Photo
J'ai parcouru la province d'ADANA du 20 au 23 inclus, m'arrêtant à MERSINA, TARSOUS, ADANA, BOZANTI, TOPRAK KALAH, ISLAHIE. J'ai reçu toutes les autorités Turques et délégués de toutes confessions. J'en rapporte l'impression que la situation est très menaçante.
Cette impression est basée sur les considérations suivantes :
Lorsque la II Armée Turque (Général NEHAD PACHA) a évacué la Cilicie, de nombreuses armes ont été laissées dans les villages.
D'autre part, de très nombreux déserteurs et démobilisés parcourent isolément en armes la Cilicie. On en rencontre sur toutes les routes et dans toutes les gares. Sans ressources, ils se rendent dans les villages vidés de leurs habitants arméniens par des déportations, la mobilisation et les massacres, et prennent possession des maisons et biens arméniens. Soutenus par la gendarmerie et les fonctionnaires turcs, il est à prévoir qu'ils recevront à coup de fusil les exilés arméniens qui commencent à rentrer.
Ils vont être incités à cette attitude par une proclamation envoyée de Konia par le Général NEHAD PACHA aux autorités administratives, les exhortant à constituer dans les villes et villages des "Unions Islamiques" qui doivent s'organiser pour la défense des musulmans. On sait ce que veut dire cette défense.

Le Général Hamelin s'inquiète de l'attitude du Général NEHAD Pacha, qui ne semble pas accepter la défaite:

Obligé de faire retraiter son armée en Anatolie, il reconstitue par tous les moyens les forces turques en Cilicie.
Il a laissé à BOZANTI, TCHAMALAN, ADANA, ISLAHIE etc... des Commandants d'Etapes turcs chargés de surveiller les isolés. En fait, ces commandants d'Etapes s'emploient à recruter parmi les démobilisés des gendarmes qui sont armés et dispersés dans toute la région. Leur nombre augmente tous les jours. Le 22 Décembre à ADANA l'Officier Supérieur de liaison turc m'a avoué que leur effectif atteignait 3.800 mais leur nombre paraît plus considérable, et augmente tous les jours au point que le 23 à ISLAHIE, où j'ai trouvé plus de 200 prétendus gendarmes, j'ai ordonné au Commandant d'Etapes Turc et au Kaïmakan de cesser tout recrutement et ai prescrit au Lieutenant Commandant le Détachement français de désarmer toute nouvelle recrue.
Les Commandants d'Etapes turcs émettent la prétention d'armer les nouveaux gendarmes sur les dépôts d'armes de Cilicie. Je l'ai formellement interdit.

Dans son rapport du 28 décembre (SHD 4H11), le lendemain, le ton est plus posé. Le plan du compte rendu est clair et rigoureux. La situation est décrite avec précision. Bien sûr, le BAGDAD (ligne de chemin de fer encore en construction, qui devait relier Berlin à Bagdad) y trouve la place qui convient à son importance stratégique.
Le Général Hamelin décrit d'abord l'arrivée des premières troupes françaises, la Légion d'Orient, si mal acceptée par les Turcs.

DETACHEMENT FRANCAIS DE PALESTINE SYRIE
Etat Major

TRES SECRET

BEYROUTH le 28 Décembre 1918

Le Général HAMELIN Commandant le Détachement Français de Palestine Syrie
à
Monsieur le Général Commandant le XXI Corps d'Armée

J'ai l'honneur de vous rendre compte des conditions dans lesquelles s'est effectuée l'occupation de la Cilicie.
Elle a été confiée à la Légion d'Orient, commandée par le Lieutenant-Colonel ROMIEU.

DEBARQUEMENTS. - Un premier échelon, comprenant:
le 1er Bataillon de la Légion d'Orient (Capitaine RUBIN DE LANCHY),
1 Cie 1/2 du 2ème Btn,
sans leurs équipages, ont été débarqués les 22 Novembre et 8 Décembre à ALEXANDRETTE par des chalutiers français.

Un second échelon comprenant:
l'Etat-Major de la Légion d'Orient,
l'Etat-Major et le complément du 2ème bataillon,
le 3ème bataillon
ont été débarqués du 17 au 19 à MERSINA, par les transports anglais "TAGUS" et "CAMBERRA", tandis que le "EKATERINOLAW" a débarqué les trains des 3ème bataillons, partie à ALEXANDRETTE, partie à MERSINA.

OCCUPATION. - Elle a été réalisée dans les conditions suivantes:

Etat-Major de la Légion d'Orient (LT-Colonel ROMIEU) ..... le 16 décembre à MERSINA;
................................................................................................... le 21 décembre à ADANA

3 Btns, Etat-Major, 2 Cies,.......................... le 20 décembre à TARSOUS
1 Cie de Mitrailleuses, .................... le 22 décembre à TARSOUS
1 Cie, .................................................. le 19 décembre à MERSINA

2Btn, Etat-Major, 1 Cie et 1 CM, .................. le 20 décembre à ADANA
1 Cie .................................................... le 23 décembre à HAMIDIE
1 Cie .................................................... le 24 décembre à MISSIS

1er Btn, Etat-Major et 1 Cie ............................. le 11 décembre à DEURTYOL
1 Cie ...................................................... le 17 décembre à TOPRAK KALEH
1 Cie ...................................................... le 19 décembre à ISLAHIEH

Installation d'une base française le 17 décembre à ALEXANDRETTE et le 18 à MERSINA.

RETRAITE TURQUE. - A la date de mon débarquement à MERSINA (20 décembre), la situation de l'Armée turque était la suivante:
La totalité des troupes actives de la II Armée (Général NEHAB Pacha) était au delà de Bozanti.
La VI Armée venant de Mésopotamie, s'écoulait par NISIBIN et ALEP vers le Taurus, mais un ordre du G.H.Q. venait de lui prescrire de s'arrêter dans la région de NISIBIN (?).
Le Général NEHAB Pacha avait laissé à ADANA un Officier Supérieur d'Etat-Major, Commandant TEWFIQ BEY, pour assurer la liaison avec le commandement des Troupes Alliées et des Commandants d'Etapes à BOZANTI, TCHAMALAN, ADANA, ISLAHIE, avec des dépôts de vivres pour réguler les mouvements de troupes
- de la VI Armée retraitant sur BOZANTI par le BAGDAD,
- des isolés retardataires,
- des démobilisés revenant d'ANATOLIE vers l'Est et de l'AMANUS vers l'Ouest.

Les troupes turques en retraite n'avaient laissé sur place, jusqu'à l'arrivée des troupes françaises, qu'un matériel de guerre insignifiant. Mais en raison du faible débit du BAGDAD, une grande partie du matériel de la II Armée était embouteillé entre la station GULEK et celle de BOZANTI, le Colonel Turc Inspecteur Général des Etapes (Colonel BAMAIDDINE) laissé à BOZANTI étant chargé de s'employer à le faire passer en ANATOLIE.
Toutes les routes de CILICIE et la ligne du BAGDAD étaient emcombrées de déserteurs avec ou sans armes, de démobilisés, les uns sans armes, les autres avec armes, sous prétexte qu'ils étaient affectés à la gendarmerie de CILICIE, à la garde de la voie ferrée ou au service d'exploitation du Bagdad.
Mon rapport N8957/3, du 27 décembre, dont ci-joint un duplicata (pièce annexe N1), vous a montré les manœuvres du Commandant Turc et le danger présenté par la constitution en CILICIE, par le Général NEHAB Pacha, d'une gendarmerie occulte. Il a signalé la constitution dans les villages de CILICIE des dépôts d'armes clandestins laissés par l'Armée turque et destinés à armer la population ottomane.
Vous trouverez ci-joint copie de la protestation que m'a faite remettre le 21 à ADANA, par l'Officier de liaison turc, le Général NEHAB Pacha, Commandant la II Armée (pièce annexe N2) et à laquelle j'ai répondu par le télégramme ci-joint (Pièce annexe N3).

SITUATION ET RESSOURCE DU PAYS.
Au cours de la Guerre, toutes les ressources de la CILICIE ont été exploitées et drainées par le Commandement Allemand et Ottoman. Les populations chrétiennes et arméniennes ont été molestées, expropriées et déportées. Leurs biens ont été saisis en grande partie par l'Administration Turque et affectés aux Services Publics ou loués à des particuliers turcs. C'est surtout le cas des propriétés et habitations arméniennes. De nombreuses exécutions, enlèvements de femmes et d'enfants ont terrorisé la population non musulmane.
Et cependant la fertilité du pays a suffi à nourrir ses habitants qui souffrent surtout du manque de charbon, de sucre, de café, de pétrole et de l'accaparement des approvisionnements de blé et de denrées par des grecs et des ottomans s'enrichissant en faisant augmenter les prix de la vie (800 piastres le Kilog de sucre à ADANA).
Le remède serait la distribution, à titre remboursable, de ces denrées sous la surveillance du Commandant des troupes, contre des cartes individuelles prévenant les accaparements. Ces distributions feraient tomber les prix ou sortir les stocks. J'ai donné des instructions dans ce sens au Lieutenant-Colonel ROMIEU, mais l'exécution sera fonction des approvisionnements dont nous pourrons disposer à nos bases de MERSINA et d'ALEXANDRETTE.
Il serait enfin nécessaire d'approvisionner la CILICIE en charbon pour permettre le fonctionnement des diverses industries qui rendraient immédiatement la vie au pays. En tous cas, dès que le Commandement d'occupation aura pu exercer son contrôle auprès des autorités administratives, les ressources du pays en grains, en bétail, etc,... permettront facilement la subsistance des populations et des troupes à des prix très inférieurs à ceux d'Europe et de Syrie (1 fr. le kilog de viande et 0,45 le kilog de pain).
Le papier égyptien est refusé à ALEXANDRETTE, ADANA et MERSINA. Seul le papier turc est accepté à MERSINA et ADANA, tandis que à ALEXANDRETTE le papier français est le plus recherché.

ATTITUDE DES POPULATIONS. - Le débarquement des troupes françaises à MERSINA a créé une vive émotion.
Les populations chrétiennes et même ottomanes de toute la Cilicie ont fait le meilleur accueil à nos Officiers. Leur arrivée est en effet, pour eux, l'heure de la paix ardemment désirée par tous. A ADANA, peuplée cependant de 80% de turcs, ces sentiments se sont manifestés à mon arrivée, par des ovations indescriptibles.
Par contre, les fonctionnaires turcs, qui sont maintenus en fonction, s'imaginent que les Alliés ne peuvent laisser sans sanctions les exactions qu'ils ont commises pendant la guerre. Ils tremblent pour leur propre salut et redoutent les vengeances populaires. Ils adoptent provisoirement une attitude soumise et obséquieuse vis-à-vis des Officiers Alliés, mais ne veulent pas se compromettre vis-à-vis du Gouvernement turc avant de savoir s'il ne sera pas remis en possession de la CILICIE. Aussi quelques-uns cherchent-ils à se démettre de leurs fonctions et à rentrer en Turquie. Tel est le cas de NAZIM Pacha, vali d'ADANA, qu'il y aurait intérêt à maintenir provisoirement en fonction, en raison de sa soumission.
Les sujets turcs s'attendaient à des représailles sanglantes de la part des soldats arméniens amenés par la France, soldats qu'ils considéraient comme des "bandes arméniennes". Plusieurs fonctionnaires m'ont témoigné leur étonnement d'avoir constaté qu'il s'agissait de soldats réguliers et disciplinés.
Mais les turcs les plus compromis, encore défiants, fuient apeurés devant les détachements de la Légion d'Orient. De là la campagne de réclamations et de calomnies grossissant tendancieusement les quelques incidents inévitables du fait que les soldats arméniens sont appelés à servir sur le théâtre des actes de barbarie des turcs et retrouvent les femmes et jeunes filles captives, les biens et maisons saisis ou détruits. D'autre part, la population arménienne, enhardie par la protection de troupes arméniennes a tendance à relever la tête et à se venger.
Il ne faut donc pas s'étonner que les autorités turques soient unanimes à demander le remplacement des troupes qu'ils appellent arméniennes, par des troupes françaises.
J'ai répondu à tous que la Légion d'Orient était une troupe française et qu'ils n'auraient à faire qu'aux Officiers français.
Mais dans la région septentrionale non encore occupée (SIS, MARASH), les arméniens sont menacés et la population turque, soutenue par la gendarmerie ottomane en cours de reconstitution, s'arme contre les arméniens. Le Général NEHAB Pacha organise le mouvement anti-arménien en envoyant des instructions pour la constitution, dans les villes et villages, d'une "Union Islamique".

CHEMINS DE FER. -
Voie étroite entre MERSINA & KARAJELAS,
Voie normale entre KARAJELAS et YENIDJEH, entre BOZANTI et ALEP.
Ces voies sont en excellent état.
Les travaux des tunnels du TAURUS ne sont pas terminés. Les prisonniers alliés qui les effectuaient ayant été libérés, ils sont interrompus, ce qui compromet la sécurité de la ligne (éboulements journaliers).
La direction est assurée par les ingénieurs du Bagdad (sujets neutre?), qui m'ont reçu très courtoisement le 22 à BELEMEDIK et m'ont dit les difficultés insolubles, s'opposant à l'exploitation.
Le matériel roulant est embouteillé en ANATOLIE ou entre GULEK et BOZANTI, chargé de matériel turc.
Les locomotives sont la plupart hors service.
Depuis quatre ans, elles sont chauffées au bois, les coupes de bois ont dénudé le TAURUS et l'AMANUS, mais les prisonniers et soldats turcs qui les effectuaient ayant quitté le travail, le chauffage des locomotives n'est plus assuré.
L'exploitation est faite par des sapeurs de chemin de fer turcs, qui quittent successivement le service en se disant libérés.
La garde de la voie est faite par des soldats turcs armés.
Le maintien des sapeurs et garde-voie turcs a été arrêté par le Colonel NEWCOMBE, qui a pris le contrôle du chemin de fer, mais a été rappelé en Egypte à la date du 23.
Une compagnie de sapeurs de chemin de fer anglaise va concourir à l'exploitation.

ROUTES.- Elles sont toutes en très mauvais état et impraticables en cette saison, notamment entre TOPRAK KALEH et ALEXANDRETTE.

INSTRUCTIONS DONNEES PAR LE GENERAL HAMELIN.-
Je me suis rendu le 22 décembre à BOZANTI et ai refusé toutes les concessions demandées par l'Inspecteur Général turc des Etapes, notamment :
a) - Occupation alliée en Cilicie réduite à la garde des tunnels du TAURUS, conformément aux termes de l'Armistice;
b) - limite de l'occupation à la sortie Nord des tunnels à KARA PUNAR,
c) - délais pour l'écoulement du matériel turc,
d) - délais pour l'établissement d'un poste français à BOZANTI.
J'ai remis à l'Inspecteur Général, les instructions dont ci-joint copie (Pièce annexe N4), en en imposant l'exécution aussi longtemps qu'elles ne seront pas modifiées par le Général en Chef.
J'ai prescrit l'installation d'un détachement français (une Cie de Légion et 2 sections de mitrailleuses) pour le 26, à BOZANTI, mais dès mon retour, un tunnel s'est éboulé (?) empêchant ainsi l'arrivée du détachement en temps utile; j'ai alors prescrit au Lieutenant-Colonel ROMIEU de l'acheminer par la route de TARSOUS à BOZANTI.
J'ai fixé BOZANTI, malgré les protestations du Commandement turc, parce que ce point commande en même temps la route et le chemin de fer (nécessité stratégique prévue par l'armistice).
J'ai prescrit aux Commandants de détachements de BOZANTI, TARSOUS, ADANA, TOPRAK KALEH, ISLAHIE, de désarmer tous les militaires de passage à l'exception des gendarmes déjà armés et des soldats turcs réguliers gardant la voie dont les effectifs seraient jugés nécessaires par le Colonel NEWCOMBE.
Mon rapport ci-joint, du 27 décembre, a fait ressortir les dangers constitués par cet armement des gendarmes et garde-voies.
J'ai enfin prescrit la réunion en dépôt, à chaque détachement français, de tout le matériel de guerre saisi.
J'ai laissé provisoirement circuler les approvisionnements en vivres, médicaments, habillement, n'arrêtant que les armes, munitions, campement, moyens de transport militaires, mais j'estime que les approvisionnements en vivres devraient être également arrêtés et saisis par ordre du Général en Chef pour prévenir les abus (les Commandants d'étapes vendent les vivres) et notamment le drainage, au profit de l'Anatolie des ressources restant en Cilicie. (Intention mal dissimulée de l'Inspecteur Général des Etapes).
J'ai remis copie de mes instructions au Général Commandant la 6ème Division de Cavalerie à ALEP. Nous sommes d'accord sur tous les points du présent rapport.

...NCTIONS DE VALI A ADANA.-
Mon rapport ci-joint du 27 décembre a fait ressortir la nécessité de s'opposer à la rentrée à ADANA, comme vali, du Général NEHAB Pacha.
Il y est attendu avec terreur par les populations chrétiennes et disposerait, avec la gendarmerie et les contingents qu'il s'efforce d'armer sous tous les prétextes, de forces supérieures aux troupes d'occupation, la situation de ces troupes pourrait se trouver compromise.

PROPOSITIONS. Je propose en outre:
a).- le désarmement de tous les isolés et de la population,
b).- la recherche et la saisie des dépôts d'armes clandestins et leur livraison par les autorités administratives;
c).- la réduction des effectifs de gendarmerie et le désarmement des excédents;
d).- leur constitution en arméniens et turcs proportionnellement à la population à desservir;
e).- la saisie des dépôts de vivres administratifs et militaires;
f).- l'arrestation des militaires turcs, même démobilisés et désarmés, qui ne justifieront pas de leur domicile en Cilicie.

CONDUITE DES SOLDATS ARMENIENS.-
Jusqu'ici celle des 2ème et 3ème Bataillons (MERSINA, TARSOUS, ADANA) est irréprochable.
A ISLAHIE, le Chef de Détachement a réussi à maintenir sa troupe dans le devoir, malgré les entraves et les vexations du kaïmakan et du Commandant d'étapes turc. J'ai fait avouer à ceux-ci l'inanité d'une réclamation grave arrivée précisément au cours de mon séjour à la gare et dont ils se sont efforcés de nier être les auteurs, contre toute vraisemblance.
A ALEXANDRETTE, à PAYAS, à DEURTYOL, la discipline est moins bonne, parce que les légionnaires sont beaucoup plus jeunes de service et qu'ils sont excités par la constatation des méfaits des turcs contre leurs corréligionnaires. Cependant, la plupart des accusations portées contre eux manquent de témoignages et quand il y a des témoins, ils sont des plus suspects. Ils savent ce qu'ils ont fait et s'efforcent de démontrer qu'ils sont les victimes en accusant de tous les méfaits et brigandages constatés, les soldats arméniens, alors que rien ne prouve que ces actes ne sont pas le fait des habitants arméniens et surtout des brigands qui infestent encore la région à la faveur du trouble général.
J'ai longuement conférencié devant les soldats arméniens de tous les détachements de la Légion et les ai exhortés, sous peine de rappel en Syrie, à se conduire en soldats français et non en soldats turcs, quelque excuse qu'ils auraient à les imiter, à faire eux-mêmes la police entre-eux pour l'honneur même de la Légion. Ils m'ont paru touchés et convaincus et j'espère obtenir une discipline française. Je l'obtiendrai sûrement lorsque j'aurai reçu de France les cadres français attendus depuis 2 mois. Jusque là, je ne dispose que d'un Officier par Compagnie et les Turcs doivent s'estimer heureux qu'aux exactions qu'ils commettaient ait succédé une discipline troublée seulement par quelques incidents inévitables.
Vous voudrez bien trouver ci-joint la confirmation des télégrammes que je vous ai adressés au cours de mon voyage (pièces annexes N 5 à 11).
Signé: ...





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