lettre d'Elie à son frère lettre d'Elie à son frère

Bozanti, le 15 mars 1920
Mon cher frère,
Voilà longtemps que je ne t’avais pas donné de mes nouvelles. Je profite aujourd’hui d’un instant de loisir afin de te tenir au courant de ce qui s’est passé et te donner le résultat de ma santé qui malgré tout est assez bonne et souhaite de tout cœur qu’il en soit davantage pour toi. Je ne sais si sur ma dernière lettre je t’avais dit que je quittais Mersina et bien oui, nous avons quitté Mersina le 11 (janvier) à 15 heures, nous avons embarqué le matin et nous sommes partis à 15 heures. A 18 heures nous étions à Adana, nous avons passé la nuit à Adana, nous ne sommes repartis que le 12 au soir d’Adana, le 14 au matin nous arrivions à Islahié, nous avons passé la nuit dans les wagons, le lendemain matin nous avons débarqué ce n’était plus Mersina, nous étions dans la neige et le froid et il fallait faire la route à pied. Nous avions comme mission d’aller dans une ville perdue dans les montagnes, nous avons quitté Islahié le 15 au matin, à 6 heures dans la neige, mais la journée du 15 n’a pas été trop mauvaise pour nous, à 18 heures nous sommes arrivés à la première halte. Jusqu’ici tout allait très bien. Le 16 à 2 heures du matin la neige a commencé à tomber, à 6 heures il fallait monter les sacs, tout était Blanc de neige, les couvertures gelaient dans les mains, nous avons réussi, à 8 heures nous avons repris la route pour Marach, il neigeait toujours, vers 10 heures la neige a cessé de tomber mais on marchait toujours dans la neige, à 17 heures nous arrivions à Elougloux, un petit village à moitié comme M., là nous avons fait la deuxième halte. Le 17, dernier jour de marche, nous sommes partis à 6 heures toujours les mêmes chemins à travers des montagnes, dans l’eau et la neige, tu peux comprendre la fatigue qui nous dominait. A 21 heures nous rentrions dans la ville de Marach, tout était calme nous sommes arrivés au cantonnement, un bon cantonnement, nous avons bien reposé la journée du 18 a été calme, la journée du 19 et du 20 de même, 21 n’a pas été la même, les turcs à 13 heures nous ont attaqués, ma foi je te raconterai dans quelques jours ce qui s’est passé car la guerre est toujours la même et partout les balles traversent bien. Nous avons été encerclés du 21 jusqu’au 9 février et le 11 nous avons quitté le territoire de Marach, nous avons fait le même chemin que pour venir, le 13 nous sommes arrivés à la gare d’embarquement ( Islahié) le 15 nous avons embarqué pour Adana, le 15 au soir nous avons débarqué à Adana et le 17 au matin nous avons embarqué pour Bozanti où nous habitons dans un ancien camp boche situé entre des montagnes, mais nous sommes bien, comme ville il y a trois ou quatre maisons qui ne tiennent pas même debout.
Je ne vois pas autre chose à te dire pour aujourd'hui.
Reçois cher frère mes sincères amitiés.
Elie

Elie faisait partie de la 6ème Compagnie, sous le commandement du Capitaine Martinet. Son cantonnement était à l'Eglise Protestante, au Sud de la ville. L'église était entourée de maisons turques, sauf au sud-ouest où elle donnait sur le quartier arménien Kerlakian.
La garnison de l'église protestante, aux ordres du capitaine Kalb, comprenait la première et la sixième compagnies du 412ème RI et une grosse partie de l'Etat Major du bataillon.


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