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 Carte du Sud de l'Afrique
Fond de carte : Afrique du Sud

Lettre de S.G. Mgr SIMON, des Oblats de Saint-François de Sales, de Troyes,
Vicaire apostolique du Fleuve-Orange, à Mgr le Directeur général.

Pella, le 23 mars l910.

Monseigneur,

Permettez-moi de vous adresser ces quelques renseignements sur l'état actuel de votre vicariat.
La partie allemande de notre mission a été érigée en préfecture apostolique, au mois de septembre 1910, et porte aujourd'hui le nom de préfecture du Namaquoland. C'est un immense territoire enlevé à notre juridiction; mais, sur notre demande et avec l'approbation de Nosseigneurs Roonez et Gaughram de Cape Town et Kimberley, Rome a joint aux districts qui nous restaient quatre nouvelles divisions, toutes appartenant a la Colonie du Cap, soit : les districts de Van Ryn's Dorp, Fraserburg, Kenhardt, Gordonia. Cette addition rend au vicariat du Fleuve Orange l'étendue de territoire qu'il avait avant l'établissement de la nouvelle préfecture. Quiconque jette un coup d'œil sur la carte verra facilement que ces quatre districts égalent à peu près la superficie du Namaquoland, surtout si l'on considère que la Gordonia est une immense contrée qui atteint le 25 de lattitude sud. Les quatre districts sont aussi peuplés que la partie allemande du vicariat qui forme la nouvelle préfecture. En réalité, cette répartition de territoire nous ouvre un champ d'action plus vaste encore que celui où nous travaillions lorsque nous étions en possession du Namaquoland.
Conscient des nouvelles obligations qui nous incombaient, nous avons déjà fait acquisition d'un terrain à Keimoes, dans la Gordonia, et nous espérons y avoir un prêtre résidant avant la fin de cette année 1910. Il y a là 1.000 habitants dont 500 indigènes sans religion, et c'est parmi ces derniers surtout que notre missionnaire exercera son dévouement.
A 40 kilomètres à l'est se trouve Upington, village sur l'Orange et plus important encore que le premier; car il ne compte pas moins de 2.000 âmes. Aussitôt que les ressources nous le permettront, nous y fonderons aussi une mission. Kaleamas se trouve à 50 kilomètres à l'ouest de Keimoes, avec 2500 habitants, et sur tout ce parcours de 90 kilomètres les habitations d'européens et d'indigènes s'échelonnent sans interruption : c'est dire que la Gordonia, seule, offre un immense champ aux missionnaires.
Kenhardt, Fraserburg, Van Ryn's Dorp ne sont pas sans donner aussi des espérances. Nous visitons ces districts deux fois par an et, chaque fois, nous déplorons de ne pouvoir nous y établir, faute de ressources. La raison qui nous a porté à commencer nos nouvelles fondations dans la Gordonia est que ce district est souvent visité par les fièvres qui y font de nombreuses victimes. La place du prêtre n'est-elle pas d'abord là où son ministère est te plus désiré? L'année dernière, près de 1000 indigènes ont succombé à la maladie. Ils sont tous morts sans baptême, sans aucun secours de la religion. Nous ne voulons pas voir ces tristes hécatombes se renouveler, maintenant que ce district nous appartient, et c'est pourquoi nous dépenserons notre dernier sou pour secourir ces malheureux et leur assurer une entrée heureuse dans l'éternité.
Nous espérons que, grâce à la générosité du Conseil central, il sera possible de subvenir aux besoins les plus pressants de ce nouveau troupeau, soit en fondant des stations, soit en multipliant nos visites pastorales. Je n'ai parlé jusqu'ici que des nouveaux districts qui nous ont été adjoints. Permettez- moi, Monseigneur, de vous dire un mot de la crise pénible qui sévit actuellement dans nos deux anciens districts du Namaquoland et de Calvinia. La colonie du Cap ne s'est pas encore relevée des suites fâcheuse de la guerre. Ses finances sont dans un état déplorable et le gouvernement s'est vu obligé de créer de nouveaux impôts qui atteignent même les plus pauvres, qui doivent se priver des choses les plus nécessaires à la vie, vendre même une partie de leur mobilier déjà si pauvre pour acquitter leurs contributions. Il en résulte un surcroît de misère dans notre troupeau d'ailleurs si souvent éprouvé par la sécheresse et la famine. Nos gens savent faire face à tout cela quand ils trouvent du travail, mais c'est précisément ce qui manque actuellement dans nos deux anciens districts et surtout dans le petit Namaquoland. Les compagnies qui exploitent le cuivre à Ookiep, Nababeep, Concordia, employaient habituellement 1.000 ouvriers; aujourd'hui, elles ont réduit ce nombre d'un tiers. La baisse et l'épuisement du métal, et aussi les lourds impôts que ces compagnies ont à payer elles-mêmes au gouvernement sont sans doute la cause de cette diminution de travail. Les commerçants ont imité les compagnies et, là où il y avait dix et vingt employés, ils se contentent de trois ou de sept. Il s'ensuit que, dans le petit Namaquoland seulement, cinq à six cents ouvriers errent sans travail. Aux beaux jours, ils soutenaient honnêtement leur famille et leurs vieux parents, mais aujourd'hui les enfants et les vieillards sont abandonnés et sans soutien. Il n'est pas de jour où on ne frappe dix et vingt fois à la porte du missionnaire, qui doit alors partager le peu qu'il possède avec une mère désolée, des orphelins, des aveugles ou d'autres infirmes. C'est par troupes de dix et de vingt que ces malheureux essayent de franchir nos déserts pour gagner des centres plus heureux, mais souvent leurs efforts n'ont d'autre effet que de précipiter leur fin atroce. Le mois dernier, plusieurs ont été trouvés morts dans nos plaines désertes, et une famille entière, dont le chef était aveugle, n'a, dit-on, échappé que par miracle à la mort qui les menaçait tous. Déjà nous avons recueilli une trentaine d'enfants et un nombre égal de vieillards ou infirmes mais la modicité de nos ressources ne nous permet pas d'en soulager un plus grand nombre.
Nous avons 405 enfants dans nos écoles, la plupart appartiennent à des familles qui manquent de tout, et c'est souvent le missionnaire qui doit leur procurer le vêtement et la nourriture. Les visites pastorales sont longues, dangereuses et coûteuses. Cette année j'ai conféré le Sacrement de Confirmation à 350 personnes et dépensé 1500 francs en voyages. Une seule visite dans le district de Calvinia coûte 750 francs, dans le Kenhardt et le Fraserburg 800, dans la Gordonia 600. Notre vicariat étant dépourvu des commodités de transport dont jouissent les autres missions, chemin de fer, diligences, etc., nous sommes obligés de louer des voitures à grand prix pour parcourir notre immense territoire.
J'espère, Monseigneur, que ces détails vous intéresseront et vous seront de quelque utilité. C'est l'affection que nous portons à nos chers chrétiens qui nous les a dictés; puissent-ils nous gagner la pitié et les faveurs de nos bienfaiteurs et nous obtenir les secours qui seuls peuvent soulager tant de misère dans la chrétienté du Fleuve-Orange.

Agréez, Monseigneur, l'hommage de mes sentiments très respectueux et celui de ma reconnaissance la plus cordiale.

J.Simon
Vicaire apostolique du Fleuve Orange.


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