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 Carte de la Chine
Fond de carte Lexilogos : Carte des provinces de Chine

Lettre de Sur Raisin, Fille de la Charité, de la Mission du. Tché-kiang, aux Associés.

Chers Associés,

Au milieu de la mer de Chine, à l'est de Ning-po on trouve un gracieux archipel composé de quatre-vingts îles, et dont le nom est fort expressif : Tchousan. En effet, ces deux mots signifient : barque-montagne. Rien ne peut mieux rendre ce que sont nos îles toutes couvertes de collines verdoyantes. Nous habitons la plus grande, et au centre de la capitale : Ting-hai (ville murée sur mer), ville de 6000 habitants.
Du port, on aperçoit l'église paroissiale, de style gothique, toute peinte à l'intérieur selon le goût chinois, et dont la cloche nous rappelle chaque jour, à l'heure de l'angélus, nos villages de France. En face, Zen-tsi-dang, Maison de la Miséricorde. Les deux hôpitaux bâtis à l'entrée sont en bon état, mais, en arrivant à la crèche, habitation des petites orphelines de deux à douze ans, quel serrement de cœur on éprouve ! Une cour étroite, sombre, humide, sans air, un réfectoire trop petit, à peine éclairé, servant de classe ; un ouvroir insuffisant, où les plus jeunes enfants dorment et jouent pendant que leurs aînés manient avec une merveilleuse dextérité les innombrables fuseaux de leurs dentelles, tout en chantant la Doctrine Dao-li. Nous montons l'escalier usé dans lequel une grande fille de seize ans s'est tuée, nous arrivons aux dortoirs. Sur trois, l'un est fermé à clef pour éviter les accidents : le plancher a des trous où passeraient deux petits pieds chinois; le second est inhabitable l'hiver, à cause des larges fentes du toit et du plancher; dans le troisième, on entasse nos 58 fillettes sur des lits qui se touchent. Les colonnes de bois, o-zu (maison-arbres), qui soutiennent l'édifice sont vermoulues, les briques tombent; le plâtre se détache par morceaux : c'est pitié.
Le plus grave, c'est que, par suite de cette malsaine habitation, trois épidémies sévirent successivement durant l'été 1907 : la petite vérole, la fièvre typhoïde, le choléra. Cette dernière maladie nous enleva 42 enfants en cinq jours. Nos missionnaires ne pouvaient suffire à les préparer à la mort. Toutes s'en allaient calmes et résignées; elles étaient enlevées en quelques heures.
Depuis cette époque, je supplie notre Vicaire apostolique, Mgr l'évêque de Ning-po, de faire reconstruire cette partie de la maison qui date de 1869 (c'est beaucoup dans un pays où les constructions sont si légères): Sa Grandeur Mgr Reynaud a le cœur brisé de cet état de choses, mais il ne peut y remédier, faute de... piastres!
Et pourtant, chaque semaine on nous apporte plusieurs pauvres petites créatures venant de quelqu'une de nos îles : elles sont dans les lambeaux d'une ouate nauséabonde, dans des paniers, voire même dans une pelle! Vite, on les baptise et on les met en nourrice. Mais quand elles ne gagnent pas tout de suite le Paradis, elles nous reviennent à deux ou trois ans, et elles mangent beaucoup de riz avec leurs petits bâtonnets. J'en dépense pour 3.000 piastres par an (la piastre varie de 2 à 3 francs).
Que faire? Nous traçons un plan, le plus simple possible, et nous commençons, comptant sur la divine Providence.
Aidez-nous à reconstruire notre Crèche, chers petits Associés! Quelques sacrifices pour vos misérables petites sœurs chinoises sans père ni mère et que vous pouvez sauver en vous montrant aussi généreux que possible pour la Sainte-Enfance. Nous en avons actuellement 70 en nourrice: 58 au petit orphelinat, 62 au grand. Quand on voit les aînées faire la retraite, avant la réception des enfants de Marie, on admire l'efficacité de la grâce sur ces natures sorties du milieu le plus corrompu que l'on puisse imaginer.
En ce moment on se prépare à la fête de Noël. Beaucoup de familles chrétiennes viennent dès la veille de la grande île ou des îles voisines. Nous tuons le porc gras, nous louons des couvertures; (non stérilisées je vous le garantis) au mont de Piété; les femmes couchent chez nous, les hommes à la résidence du missionnaire. On se confesse, on prie haut toute la nuit, tous font la sainte Communion. Nous revoyons ainsi nos anciennes filles mariées. Demain, même nos grandes orphelines ne pourront aller, faute de place, entendre le tsu-kiao (évêque) à la messe du jour.
Voilà une bien longue lettre. Je ne vous ai pourtant pas parlé des tournées apostoliques de nos Sœurs qui vont à pied ou en barque à la recherche des enfants moribonds; elles en envoient au ciel plus de mille chaque année. A leur arrivée dans un village, on s'écrie : Kou gnia! Les Vierges! Et tout le monde de s'assembler autour d'elles pour demander des remèdes. Une femme chinoise qui les accompagne découvre dans les maisons sales et obscures les bébés malades, quand on ne les leur apporte pas dans la rue. Quelle joie, au retour, quand, après de longues journées de marche à travers les collines, on compte 10, 15, 20 baptêmes! Les pauvres gens offrent au Kou gnia du thé dans la théière où toute la famille boit, à même le goulot. Quelle malpropreté dans les maisons! Comme on y garde les cercueils plusieurs mois, et même un ou deux ans, on nous offre à manger à côté du mort: c'est un détail. De grâce, chers Associés, que votre générosité ne se lasse pas. Aimez votre œuvre et propagez-la : c'est d'elle seule que nous pouvons espérer les secours dont nous avons besoin.

Sœur Raisin
Fille de la Charité de Saint Vincent de Paul.



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