De Kahramanmarash, nous sommes partis à la découverte de Suleymanli, l'ancienne Zeïtoun. Après 80 km d'une très belle route de montagne, dans des paysages grandioses mais assez désertiques, nous avons atteint la partie haute de la vallée. Là, plusieurs villages se dispersent aux pieds des sommets. Le village principal est l'ancienne Zeïtoun. Entre l'ancienne route et le village, le torrent creuse une gorge profonde; un rocher au dessus de la gorge offre une position stratégique pour contrôler ceux qui arrivent au village. C'est là qu'était construite la forteresse arménienne (Ermeni Kale). Cette configuration a longtemps protégé les Arméniens qui, tel Astérix, refusaient de se soumettre à l'envahisseur Turc et à son Sultan. Aujourd'hui, il n'y a plus d'Arméniens dans la région, mais leur histoire, peut-être mal connue, semble encore bien présente dans l'esprit des habitants.

  • Haut de la vallée
  • Zeitoun-Suleymanli - Vue générale
  • Zeitoun-Suleymanli - Vue sur la vallée
  • Zeitoun-Suleymanli - Ermeni Kale
  • Zeitoun-Suleymanli - La gorge au pied du rocher
  • Zeitoun-Suleymanli - Le pont des Arméniens
  • Zeitoun-Suleymanli - Le pont moderne
  • Zeitoun-Suleymanli - Les thermes
  • Zeitoun-Suleymanli - Animaux de bât
  • Zeitoun-Suleymanli - Séchage du boulgour
  • Zeitoun-Suleymanli - Cuisine traditionnelle
  • Zeitoun-Suleymanli - Maison ancienne
  • Zeitoun-Suleymanli - Monument aux gendarmes turcs
  • Zeitoun-Suleymanli - Monument aux gendarmes turcs
  • Zeitoun-Suleymanli - Monument aux gendarmes turcs
2 - Vue générale
Vue générale

Le monument aux gendarmes (photos 13 - 14 - 15) la leur rappelle.
Kadir Polat, habitant d'Ankara né à Marache, m'a donné une traduction en Anglais de l'inscription sur le momnument. Voici comment je l'ai comprise:

"La question Arménienne, pour laquelle on a voulu trouver des solutions plus en accord avec les intérêts économiques du monde capitaliste qu'avec les réels intérêts de la Nation Arménienne, vient d'être vraiment résolue avec le Traité de Kars(1). Les relations d'amitié entre nos deux peuples durs à la tâche, qui ont vécu en bons termes pendant de longs siècles, sont maintenant rétablies."

Mustapha Kemal
1 mars 1922
Assemblée de la Grande Nation Turque
Discours d'ouverture - 3ème année.

(1)Le Traité de Kars (ville de l'Est de la Turquie) est un traité d'amitié entre la Turquie et les représentants de la Russie Bolchévique, de l'Arménie Soviétique, de l'Azerbaïdjan Soviétique, et de la Géorgie Soviétique (chacun faisant partie de l'Union Soviétique après le Traité d'Union de décembre 1922). Ce Traité fait suite au précédent Traité de Moscou de Mars 1921. Il fut signé à Kars le 23 Octobre, et ratifié à Yerevan le 11 Septembre 1922.
Kadir Polat

En 1915, il y avait 8000 habitants à Zeïtoun et 17 000 dans les villages aux environs. En 1919, 3000 Arméniens étaient venus repeupler Zeïtoun.
Voici une brève histoire de Zeïtoun. Nous sommes en 1915...

II y a deux flèches plantées « dans la chair vive du nationalisme turc » : Zeïtoun et le Sassoun. Le gouvernement ne peut se permettre de déplacer à nouveau des troupes pour réprimer une «rébellion» des Arméniens dans ces montagnes qu'ils connaissent si bien et où une poignée d'hommes résolus peuvent tenir une armée en échec- Alors que le Sassoun est déjà affaibli par les massacres hamidiens successifs, Zeïtoun demeure intacte. Il est vrai que les Arméniens de Zeïtoun ont envoyé en février 1915 un émissaire au vice-roi du Caucase pour lui proposer de se soulever contre le gouvernement ottoman si on les fournit en armes et munitions, mais l'Entente qui n'envisage pas de débarquement sur la côte de Cilicie ne retient pas cette proposition et il est peu probable que ce soit là le mobile de la décision de l'Ittihad de frapper Zeïtoun en premier.
A la fin de février, 32 jeunes Zeïtouniotes attaquent des gendarmes turcs qui auraient violé des jeunes filles arméniennes et en tuent 9. Désavoués par la population de Zeïtoun qui craint des représailles, ils se réfugient dans un couvent. Ce sont là des incidents courants dans cette région, et l'histoire de Zeïtoun se résume à ce genre de conflits. Pourtant, le gouvernement saisit l'occasion pour en finir définitivement avec Zeïtoun. Le 24 mars, 500 soldats turcs se rendent de Marache à Zeïtoun. Une délégation arménienne qui les accompagne persuade les Zeïtouniotes d'aider les soldats à découvrir les insurgés, sinon toute la population arménienne de Cilicie sera tenue pour responsable des meurtres. Le 25 mars, le monastère de Sainte-Marie où les rebelles se sont barricadés est attaqué. Il se produit alors un fait étonnant qui amène à penser que le gouvernement tend un piège aux Zeïtouniotes. Alors que 400 soldats cernent 32 hommes, ceux-ci parviennent tous à s'enfuir à la faveur de la nuit en tuant 200 à 300 soldats. Le 26 mars le monastère est incendié, mais il est vide. Quelques jours après, le commandant convoque 50 notables de la ville pour un entretien. Ils se rendent sans méfiance dans le camp où ils sont arrêtés. Le 8 avril, 60 familles doivent quitter sans délai leur domicile. Jour après jour, les quatre quartiers de Zeïtoun sont vidés de leurs habitants, les femmes et les enfants sont séparés des hommes.
Un mois après, il ne reste plus d'Arméniens à Zeïtoun et dans les villages environnants. Les églises et les couvents sont pillés, les écoles sont transformées en caserne, la ville est rebaptisée Suleïmanieh et est repeuplée par des mohadjir venus de Macédoine et arrivés depuis mars en Cilicie.

Yves Ternon - Les Arméniens - Seuil Points Histoire

Pour ensavoir plus sur le Taité de Kars: l'encyclopédie Wikipedia
ou le texte original en Français sur Netarmenie


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