Photo de brigand

Ibrahim - Tchete-Brigand
Photo Chalvin

Voici la description des paysans turcs et des bandes de brigands, les Tchétés, qui parcourent la Cilicie. Je l'ai trouvée dans le rapport sur la population (SHD 4H229). Elle date de janvier 1921.

Le Tchété
[Le paysan turc] fait volontiers partie d'une bande dont il connaît le chef, presque toujours paysan comme lui, à moins que celui-ci ne soit gendarme déserteur. Le paysan devient alors "Tchété" et il se bat bien. Très résistant, connaissant parfaitement le théâtre des opérations, il n'a pas besoin de grands moyens. Un cheval qu'il remplace au village suivant quand sa monture est fatiguée, un fusil, des cartouches dans son ceinturon qu'il roule autour de son corps et il est équipé. Point n'est besoin de voitures, de mulets de bât, de vivres du jour ou de réserve. Le "Tchété" est très mobile et c'est ce qui fait sa principale force. Il réquisitionne tout ce dont il a besoin, et souvent bien plus qu'il n'a besoin. Il a perdu son honnêteté; il pille les vivres, l'argent, les bijoux, brûle les fermes et en tue les habitants si on lui résiste. Mais le paysan turc ne résiste pas au Tchété, il l'aide car un jour il le sera lui aussi. C'est alors le paysan chrétien qui est la victime; la haine religieuse ne s'éteint jamais dans ce pays.

Le bureau de renseignements édite un rapport toutes les semaines. Début janvier 1921, un Tchété déserteur est venu demander l'asile aux Français (SHD 4H216). Ce qu'il raconte n'est pas très favorable aux Turcs. Il a plutôt intérêt à flatter ceux à qui il se confie. Son témoignage reflète cependant une époque qui peut sembler lointaine!

Annexe au bulletin de renseignements / N°5 / Janvier 1921

Interrogatoire d'un Tchété déserteur.

Le nommé Bebek appartenait, depuis le 20 novembre 1920, à la bande de GENISURAH ALI, (170 tchétés ne touchant aucune solde et mal habillés), établie en réserve à Abadjilar, (sur le Tchakit- 20 Kms Nord-Ouest d'Adana). Le 5 janvier, il fut envoyé en liaison auprès de DERVICHE AGHA, chef d'une bande de 200 tchétés, plus solide que la précédente, installée à Gueuk-Kouyou (5 Kms Sud d'Abadjilar).
Le 10 janvier, il déserta et rejoignit sa famille, à Yénidgé.

Bebek a vu deux canons à tube court, calibre 75 mm, approvisionnés à 300 coups environ, à Ilandjilar. Il a entendu dire qu'il y avait 2 mitrailleuses et 1 canon à Kilidji-Ijami (au Nord du Tchakit).
Le commandement Kemaliste n'aventure pas ses canons de crainte que, révélés par notre aviation, ils ne soient en butte aux coups de notre artillerie d'abord, puis aux attaques de notre infanterie ensuite.
Interrogé sur l'attitude que prennent les tchétés lorsqu'ils sont survolés par un avion, le déserteur a déclaré que les vieilles bandes, faiblement encadrées, déjà éprouvées par les bombardements, s'abritent et ne tirent pas, tandis que les nouvelles formations, sérieusement encadrées, n'ayant jamais été bombardées, exécutent des tirs sur l'avion, par ordre des chefs.
Il ne connaît qu'une formation régulière comptant 500 soldats environ. Le 10 décembre, ce groupe qui était en marche de l'Ouest à l'Est, à hauteur de Tépé-Tchailak, a rebroussé chemin et doit maintenant être installé à l'Ouest et au Nord de l'agglomération des Kara-Yaïla, (6 Kms N.N.O. de Yénidgé), P.C. à Koum-Déré.

Au sujet des projets et des craintes des tchétés, le déserteur expose ainsi qu'il suit l'opinion locale:

- N'ayant pu reprendre Adana ni Tarsous, les tchétés tiennent à conserver Tchederli (Kara-Issalou) qu'ils croient menacé.

- Le sort d'Aïntab retient leur attention: l'imminence de l'évacuation de la ville par les Français est annoncée journellement.

- Mustapha Kemal a organisé une répression rigoureuse du pillage.

- Les tchétés qualifient les organisations françaises "d'imprenables": leur effort d'imagination, entretenu par les racontars des paysans, enfle nos travaux défensifs à tel point qu'il se colporte que nous avons construit un cheminement couvert de Yénidgé à Naïl-Houriet et que tous nos postes sont entourés d'un réseau de fil de fer comptant 10 à 12 rangées de piquets.

- Tous les habitants de la plaine répètent aux tchétés qu'ils n'ont qu'à se louer de la tranquilité que leur assurent les Français; cette opinion ne laisse pas d'inquiéter les chefs kémalistes. C'est ainsi que le Mouktar de Kara-Kaya, ayant reçu une lettre du capitaine Kalb, de Zeïtounli, apportée par un spahi, fut appelé aussitôt près de GENISURAH ALI, en fin décembre dernier. Le résultat de l'entrevue est resté inconnu.



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