Les Régiments de Tirailleurs Algériens sont constitués de soldats, appelés ou volontaires, venant de tout le Maghreb colonisé par la France. Ce sont en grande majorité des Arabes ou des Berbères, mais il y a aussi des Juifs et des colons européens. Les officiers sont en partie recrutés en métropole.
Plusieurs régiments de Tirailleurs Algériens interviennent dans la Campagne de Cilicie.
Le premier régiment à arriver sur place est le 18ème RTA. Voici ce qu'on lit dans le Journal de Marche et Opérations de ce Régiment (SHD 34N275) :

Le 27 octobre 1919 le "Tsar Ferdinand" mouillait le premier en rade de Mersine à deux milles de la côte de Cilicie.
Dans la soirée les troupes étaient transportées à terre et, le 30, le reste du Régiment ayant été débarqué, les 3 bataillons s'installaient au cantonnement bivouac.
Dès son arrivée, le Lt-Colonel Commandant le Régiment recevait du Colonel de Piépape, Commandant les troupes françaises en Cilicie, le message suivant: "Vous souhaite la bienvenue ainsi qu'à votre Régiment. Sauf direction contraire reçue de la Division, prenez dispositions suivantes pour votre installation provisoire: Etat Major Régiment et 2 bataillons à Tarsous, 1 Bataillon à Adana, 1 Compagnie à laisser à Mersine comme compgnie de base. Mouvement à faire par voie de terre. Premier bataillon débarqué fera mouvement sur Adana laissant une compagnie à Mersine." Ces ordres étaient confirmés de Beyrouth par le Général Dufieux, Commandant la 156e Division, à laquelle le 18e était rattaché.

Cependant, très rapidement le Régiment se disperse sur tout le vaste territoire sous mandat français, où, selon les endroits, il collabore avec les soldats du 412ème R.I., des Tirailleurs Sénégalais, des soldats de la Légion Arménienne, des spahis, des chasseurs d'Afrique.

A la fin de décembre la situation du régiment est la suivante:
Aïn-Tab :        Colonel, C.H.R., 1e, 9e,11e Cies et C.M.3
Bozanti :        2e Compagnie
Osmanié :      3e Cie et C.M.1
Marache :     10e Compagnie
Djerablous :  5eCie et C.M.2
Ourfa :            6e et 7e Cies.

Au début de février 1920, d'autres Tirailleurs Algériens viennent en renfort. Ils constituent la Colone Normand qui doit délivrer la garnison de Marache assiégée. Georges Boudière, sous-officier né en 1898, raconte (SHD 66393) :

El-Oglou, le 6 février 1920

Le six, au petit jour, la colonne Normand s'ébranle. Elle est composée du troisième bataillon du 22ème RTA (bataillon Bernard), du premier bataillon du 21ème RTA (bataillon Bouvet, le mien), du deuxième bataillon du 21ème RTA (bataillon Josserand), d'un peloton de chasseurs d'Afrique, d'une batterie attelée de 75, d'une batterie de 65 de montagne, d'une ambulance alpine, et de cent cinquante chameaux chargés de sacs de farine. C'est là une force imposante. Mon bataillon est placé en réserve, à la garde du convoi.

Maxime Bergès est aussi un sous-officier du même âge que le précédent. Il est dans la colonne Normand. Plus sensible aux aspects culturels, voici ce qu'il raconte (SHD 6250) :

Une nouba de Tirailleurs Algériens s'exerce; aux tambours et aux clairons d'Europe, se mêlent ces étranges instruments arabes, le tebel et la raïta, qui associent des grondements sourds de tambourins à des notes criardes de flageolet, et font, au milieu du cadre spacieux des montagnes sauvages, une symphonie éclatante et barbare. Dans l'air parfaitement clair et vide, ces musiques d'un autre âge se répandent, s'amplifient, vont mourir en ondes sonores sur les parois proches des montagnes, s'étalent à l'infini des grandes solitudes.
Et des lisières du plateau, comme attirées par ces appels de tambours et de flûtes, s'approchent avec une majesté royale de pompeuses caravanes. Ce sont les chameliers réquisitionnés pour porter les vivres de la colonne.

Malheureusement, nos soldats en campagne, harcelés par les rebelles turcs, n'avaient pas toujours le loisir de se consacrer à la musique. Les combats étaient parfois durs. Voici quelques exemples de soldats qui ont été distingués par leur hiérarchie et cités pour leur courage (carton SHD 4H126):

Le Général MARTY, Commandant la 1ère Division du Levant cite:
1°) A l'ordre de la Division
Le Tirailleur de 2ème classe MEDAN Akli, N° Mle 27732, du 18e Régiment de Tirailleurs Algériens:
"Agent de liaison toujours prêt à accomplir les missions dangereuses. S'est distingué dans les services de liaison à l'extérieur de la Place de Bozanti du 27 au 31 mars [1920], dans une zone infestée d'ennemis."

2°) A l'ordre de la Brigade.
Le Tirailleur de 2ème classe SORCHER Claude, classe 1919, N° Mle 1914, du 18ème Régiment de Tirailleurs Algériens :
"Tirailleur calme et courageux. A montré les 27 avril et 7 mai un remarquable mépris du danger dans deux contre-attaques pénibles à Bozanti."

Le Tirailleur de 2ème classe MESSAOUD, du 18ème Régiment de Tirailleurs Algériens:
"Même motif."

Chef d'Etat Major: MARTY

En 1921, c'est le Général Dufieux qui attribue les citations. En voici quelques unes :

CITATIONS ACCORDEES DEPUIS LE 12 SEPTEMBRE 1921 PAR LE GENERAL COMMANDANT LA 1° DIVISION DU LEVANT.

ORDRE GENERAL N° 71 EN DATE DU 5 OCTOBRE 1921
Le Général DUFIEUX, Commandant le 1ère Division du Levant, cite à l'ordre de la Division:
Le Lieutenant SAMSON Joseph, du 21ème Régiment de Tirailleurs Algériens :
"Le 18 juin 1921, a fait preuve de la plus heureuse initiative en se portant à la tête de quelques hommes sur le flanc d'une bande de Tchétés qui entravaient la progression de son détachement. Les a contraints par la vigueur et la rapidité de son mouvement à une fuite désordonnée et leur a occasioné des pertes."
Signé : J.DUFIEUX

ORDRE GENERAL N° 77 EN DATE DU 22 OCTOBRE 1921
Le Général DUFIEUX, Commandant le 1ère Division du Levant, cite à l'ordre de la Division:
Le Lieutenant AZREUG Aoued Ould Abdelkader bel Azreug, du 22ème Régiment de Tirailleurs Algériens :
"Le 18 Mai 1920, faisant partie d'un détachement envoyé au secours d'un train blindé déraillé et attaqué par les Turcs, à 5 kilomètres à l'Ouest de TOPRAK-KALE, s'est porté bravement à l'attaque d'un ennemi supérieur en nombre en entraînant la section d'avant-garde, et a rempli sa mission. A été grièvement blessé au cours du combat."

ORDRE GENERAL N° 77 EN DATE DU 2 NOVEMBRE 1921
Le Général DUFIEUX, Commandant le 1ère Division du Levant, cite à l'ordre de la Brigade:
Le Caporal ZAOUI, N° Matricule 30313, du 17ème Régiment de Tirailleurs Algériens.
"Caporal chef de groupe, qui a toujours eu sur ses tirailleurs une grande autorité. Chargé de la défense d'un petit poste le 24 juin 1920 s'est distingué par son calme, sa bravoure et sa ténacité. A contribué par son exempleà repousser à la grenade plusieurs assauts de l'ennemi en lui infligeant des pertes sévères."

NAOUI 2° classe, N° Matricule 44124, du 17ème Régiment de Tirailleurs Algériens.
"Tirailleur très courageux, digne d'éloges; a été trois fois blessé pendant le combat de Yenidjé le 24 juin 1920."

Le sergent GRANNEC Yves, N° Matricule 16979 du 17ème Régiment de Tirailleurs Algériens.
"Jeune sous-officier plein d'allant, s'est distingué pendant les combats de Yenidjé les 22 et 24 juin 1920, contribuant notamment le 22 juin par son exemple à repousser une violente attaque ennemie sur les éléments de tranchées dont il avait la garde."

BENGA Amar, 2° classe du 17èmeRégiment de Tirailleurs Algériens:
"Excellent tirailleur qui a fait preuve d'un grand mépris du danger et d'une grande bravoure aux combats de Yenidjé des 22 et 24 juin 1920."

AMEUR Moussa, 2° classe, N° Matricule 23954, du 17ème Régiment de Tirailleurs Algériens:
"Modèle de bravoure, d'énergie et de décision. A commandé son équipe avec le plus grand sang-froid aux combats de Yenidjé des 22 et 24 juin 1920.

A L'ORDRE DU REGIMENT:
PRIEUR Louis, 2° classe, classe 19, N° Matricule ... du 17ème Régiment de Tirailleurs Algériens:
"A eu pendant les combats de Yenidjé des 22 et 24 juin 1920 une très belle attitude au feu. A été tué le 24 juin au cours d'un combat à la grenade."

OUAKIL, 2° classe, du 17ème Régiment de Tirailleurs Algériens:
"A eu pendant les combats de Yenidjé des 22 et 24 juin 1920 une très belle attitude au feu. A été tué le 24 juin au cours d'un combat à la grenade."

Toutes ces citations ne sont qu'une partie de celles qui ont été décernées. Elles montrent la loyauté et le courage des Tirailleurs Algériens engagés aux côtés de la France. Les rapports des officiers supérieurs montrent la confiance qu'ils avaient en leurs Tirailleurs.
Cependant, les Turcs connaissaient bien les Maghrébins, avec qui ils avaient une histoire commune. Ils étaient très proches par la culture et la religion. Et dans cette période de révolutions, où les peuples voulaient prendre le pouvoir sur leurs chefs - la Russie bolchevique est toute proche - les Tirailleurs Algériens étaient soumis à une forte propagande de la part des Turcs. La plupart étaient insensibles aux argumentations islamistes. Il est vrai qu'ils préfèraient garder de bonnes chances de rentrer chez eux. Et la situation très peu stable de la Turquie en pleine révolution ne donnait guère envie de s'y implanter. Les désertions étaient rares. Quelques unes sont signalées. Elles sont spécifiques des Tirailleurs Algériens, aucune désertion n'étant signalée chez les soldats de métropole ou chez les Sénégalais.



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