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Tunis et les Tunisiens

Le Beylik, vulgairement dit la régence de Tunis, est borné au nord et à l'est par la Méditerrenée, au sud-est par le pachalik de Tripoli, au sud par le Sahara et à l'ouest par l'Algérie. Il occupe une superficie d'environ six mille lieues carrées, et son sol est d'une étonnante fertilité. Tunis, sa capitale, est située à l'extrémité d'une lagune peu profonde qui communique avec la mer par un étroit canal nommé la Goulette.
Dès que surgit aux regards son amphithéâtre de maisons éclatantes, qui semblent de loin une carrière à plâtre, on comprend aussitôt la justesse du surnom que les anciens même lui avaient donné : Tunis la Blanche. Ses nombreux minarets, qui découpent vivement le bleu pur du ciel, lui donnent la physionomie la plus pittoresque. Qu'on ne s'attende point à trouver là nos boulevards et nos squares. Tunis est une vraie ville arabe. Les rues, extrêmement étroites et bordées de maisons dont les toits interceptent les rayons d'un ardent soleil, sont encore protégées assez souvent par des voûtes contre la chaleur et la pluie. Les maisons, en forme de dé, n'ont guère plus d'un étage. Les appartements ouvrent sur une cour intérieure avec galerie au premier étage donnant accès à une terrasse qui surmonte ordinairement la construction.
Apres la vue extérieure de la ville, il n'en est pas de plus curieuse que celle des rues, que parcourt sans cesse une foule bruyante et bariolée. On a d'un coup d'œil l'échantillon des diverses races qui peuplent Tunis. Un voyageur a ainsi réparti les quatre-vingt mille habitants qu'il accorde à la ville : 50,000 Maures, 20,000 Juifs, 5,000 Malais 3,000 Italiens; 800 Grecs, 4,500 Français, Espagnols et Anglais. On voit, d'après ce relevé, que les Maures, et après eux les juifs composent la partie la plus importante de la population. Ce sont donc surtout ces deux types que le dessinateur s'est attaché à reproduire dans la planche ci-jointe.
On en a deux échantillons bien reconnaissables dans les deux médaillons qui surmontent une petite vue de la ville, médaillons dont l'un représente un riche rentier de Tunis, l'autre un vieux domestique juif. Autour d'eux on a réuni, d'après des photographies, divers autres types et costumes tunisiens : personnages parmi lesquels on remarque a gauche, un jeune employé à côté d'une porteuse juive, et, à droite, deux fiancés la main dans la main. Au dessous, une porteuse d'eau mauresque se tient auprès d'un Malais du port, et, dans le compartiment voisin, une femme juive est assise dans la pose ordinaire du pays, un des pieds reposant sur le genou de la jambe opposée.
La race mauresque est généralement belle. Une vie sobre et tranquille la préserve d'un grand nombre de maladies. Les femmes ont le teint blanc et mat comme du lait, les yeux grands, bien fendus et expressifs, et la taille assez forte. On n'ignore pas que l'embonpoint est, pour les elles une des conditions essentielles de la beauté. Une de leurs recettes pour devenir grasses consiste à manger de jeunes chiens. Ce que c'est que la coquetterie! Elles passent leur journée à s'épiler, à se peindre les paupières, les sourcils, la paume des mains et la plante des pieds, ainsi qu'à peigner leurs cheveux, qui sont d'un beau noir bleuâtre et qu'elles laissent flotter sur leurs épaules. L'épilation se fait tous les mois à l'aide d'une pommade spécialement fabriquée par elles. Quant à la manière de peindre les diverses parties du corps susmentionnées, chacun sait qu'elles se servent pour l'épaisseur des paupières de khol, qui se met au moyen d'une allumette arrondie, qu'elles se peignent les sourcils avec un pinceau trempé d'encre de Chine, et donnent à leurs ongles, à la paume de leurs mains et à la plante de leurs pieds une couleur brune au moyen du hennah.
On ne les rencontre dans les rues qu'enveloppées de la tête aux pieds dans les plis d'un grand hak ou châle blanc qui leur cache en partie le visage. Sous ce hak, les femmes de qualité portent des habits et des pantalons de soie où le rouge, le vert et le jaune dominent. Le pantalon descend seulement jusqu'au genou; un bas qui s'arrête à la cheville couvre la jambe, et le pied nu est chaussé de larges babouches. Toutes les Mauresques ont un goût très prononcé pour les bijoux. Suivant leur fortune, elles se couvrent la tête, les bras et les jambes d'ornements d'or, d'argent ou de cuivre, quelquefois de simples verroteries ou de fleurs enfilées. Si dans leurs vêtements de cérémonie les Maures paraissent partager le goût de leurs femmes pour les vives couleurs, le costume des juifs est plus sombre, généralement bleu ou gris. C'est un reste des anciennes restrictions qui naguère encore pesaient sur eux dans les pays mahométans. Ils n'avaient pas le droit de porter le turban blanc, vert ou multicolore des musulmans, ni leur fez rouge à floche noire ou bleue, et aujourd'hui encore ils le remplacent par un turban noir.

L. de Morangez

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