Carte postale

Mersine 1919 - Vue générale

La Turquie d'aujourd'hui est un pays moderne et en bonne santé. En 1919, la Turquie que découvrent Elie et ses copains du 412ème Régiment d'Infanterie, sur les cartes postales c'est assez joli, mais dans la réalité, c'est moche! C'est très loin des rêves d'Orient que Pierre Loti, auteur à la mode à cette époque, a suscité chez beaucoup de soldats. La déception est grande!
Dans le cahier de prisonnier d'Elie, la description de la ville turque est plus précise, plus détaillée:

Les rues sont pavées. Quelle élégance direz-vous ! Mais élégance boiteuse et sans grâce, aucun pavé n’est posé à la même hauteur, l’un fait une bosse, l’autre fait un trou, l’un pointu, l’autre rond, en certains endroits il n’y en a même pas et c’est mieux, d’un sens. Mais hélas, que de boue ! Avec ces ornières ils ne connaissent les trottoirs, même en parlant d’une ville conséquente. En général, toutes les rues sont courtes et tortueuses. Si vous levez les yeux pour apercevoir quelques monuments vous ne verrez rien. Il n’y en a pas. De votre regard sera plutôt choqué par les maisons en ruines qui s’étendent de place en place. Ce sont pour la plupart des actes de vandalisme contre les Chrétiens en général. Aucune statue, curieux monument public, aucun petit jardin, aucun petit bouquet d’arbre ne viendra charmer votre regard. Si vous apercevez une maison assez convenable, c’est la demeure de quelques « Européens », ou quelques écoles construites par les allemands ressortent parmi les masures hideuses qui les entourent. Vous ne verrez pas non plus de hautes cheminées crachant des nuages de fumées comme dans notre cité ouvrière. Ce sont des contes de fées pour eux. A peine connaissent-ils la machine à coudre. L’air pur aussi, mais dans les rues notre odorat est troublé par des odeurs nauséabondes. Ce sont là des détritus de toutes sortes, des os, de la viande en putréfaction, des animaux crevés, chats, chiens. Des ordures de boue émanent de tous cotés.

Carte postale

Verso de la cartes postale ci-dessus.
Souvenir de Turquie. Des jolis pays; sur la carte ça va encore mais en nature ils sont moches. Elie

Les guerres, la famine et les épidémies ont amené la Turquie dans une situation bien précaire. Dans les cartons d'archives du Service Historique de la Défense ou dans le fonds du Colonel Brémond, on trouve des documents qui illustrent ce qu'était la Turquie dans ces heures sombres.
Au début du siècle, l'Empire Ottoman était très endetté, particulièrement avec la France. Il ne pouvait faire face à ses dettes, ce qui donnait une bonne raison à ses créanciers pour faire la loi dans l'Empire. Il avait pourtant de gros besoins pour développer ses infrastructures!
Mais la guerre était toujours prioritaire. Toutes les ressources de l'Empire y étaient englouties. Et la révolution de 1908 n'a pas résolu les problèmes...
En 1914, le choix de rentrer dans le conflit mondial aux côtés des Puissances de l'Axe ne faisait pas l'unanimité chez les habitants de l'Empire Ottoman. Les Arabes de la Péninsule ne suivent pas le choix des Turcs.
En 1916, le Colonel Brémond a conduit une mission française au Hedjaz qui avait pour but, aux côtés des Anglais, d'aider les Arabes à se libérer du joug turc. En 1918, en Palestine ou en Syrie,l'armée turque en déroute abandonne ses soldats démobilisés. Beaucoup tentent de rentrer chez eux comme ils le peuvent. Beaucoup, forts de leurs armes qu'ils ont conservées, rejoignent les bandes de Tchétés dans lesquelles ils peuvent survivre grâce au pillage.
La France s'intéresse beaucoup à tout ce qui se passe en Turquie. La Grande Guerre a rendu très difficile la circulation des informations. Après l'Armistice de Moudros, les rapports arrivent, décrivant ce qui se passe à Constantinople ou dans les provinces. On voit que la Russie, en pleine Révolution, n'est pas loin.
Qui pourra mettre de l'ordre dans ce grand pays? Comme les autres puissances alliées, les Français ne se sentent pas assez forts pour prendre le contrôle de ce territoire trop vaste où des populations de toutes origines se haïssent et s'affrontent. Le Sultan d'Istanbul a perdu toute autorité. Faut-il laisser ces peuples se déchirer? Il faudrait un chef accepté par tous, à l'intérieur et à l'extérieur du pays.
Celui qui prend la tête de la révolte contre les étrangers serait-il capable de ramener son pays dans la voie de la paix et du développement? La Mission Angora a pour but de mieux connaître Mustapha Kemal et son entourage proche.



Valid XHTML 1.0 Strict


Copyright    logo de Legalis    Nicole ROUFFIAC - 2005 - Tous droits réservés